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Le sanctuaire d'Acy-Romance.

Age du bronze-Fin de La Tène.


Travaux réalisés par l' Association Ardennaise de Recherches et d'Etudes Archéologique


L'image romantique héritée du XIX° siècle d'une religion gauloise barbare et sanguinaire, pratiquant les immolations humaines, a été par la suite largement tempérée par les historiens modernes. De récentes découvertes sur le territoire national obligent à reconsidérer sérieusement la question. C'est le cas du sanctuaire de Acy-Romance près de Rethel où un site exceptionnel livre petit à petit, au rythme des campagnes de fouilles, ses secrets depuis plus de 10 ans. Là, au cœur d'un vaste habitat, a été mis en évidence un véritable complexe cultuel constitué par un enclos en forme de quartier d'orange, bordé sur son grand coté par une rangée de bâtiments alignés et délimitant une voie de circulation ; tout au bout de l'allée ainsi formée, le dernier de ces édifices, le plus grand aussi, surmonte un puits carré et s'ouvre sur une sorte de parvis ou d'esplanade que délimitent deux palissades. C'est à cet endroit, vierge de tout autre vestige archéologique, qu'étaient enterrés 19 jeunes hommes dans de petites fosses circulaires ; tous étaient en position assise, avec la tête entre les pieds. Le choix de l'inhumation, alors que c'est l'incinération qui est la règle à cette époque, confirme leur statut tout particulier.

Temples et grands enclos cultuels ayant servi à des sacrifices
d'animaux et à de grands banquets communautaires.
Image Jean-René Chatillon.
Temple 4 et les tombes des 19 jeunes hommes
sacrifiés aux dieux chtoniens
(ceux qui se trouvent dans les ténèbres de la terre).
Image Jean-René Chatillon.
Les différentes études menées, en particulier anthropologiques, permettent de reconstituer les étapes du rituel accompli. Il s'avère que les sacrifiés n'étaient enterrés qu'après avoir séjourné au fond du puits tout proche, dans une caisse de bois, le temps de la momification complète de leur corps par dessèchement naturel. Ces sacrifices devaient se pratiquer l'hiver pour éviter la putréfaction des cadavres, inévitables dans les saisons chaudes ou humides. Trois autres individus de sexe masculin, des adultes d'un certain âge cette fois, ont subi une destinée comparable, à ceci près qu'ils ont été ensevelis dans une posture toute différente : c'est en effet maintenus en position assise en tailleur que leurs corps nus furent desséchés après une exposition à l'air libre, pendant un temps vraisemblablement assez long, avant d'être déposés dans de petites fosses carrées soigneusement creusées et disposées en ligne à 4 mètres les unes des autres. Tous trois, la tête haute face au soleil levant, semblent rendre un hommage éternel à l'astre flamboyant du jour. Ces tombes inhabituelles étaient installées dans une vaste cour où se dressaient trois constructions particulières aujourd'hui encore énigmatiques mais qui devaient être liées à un culte celtique solaire.

Intérieur d'une maison gauloise.
Image Jean-René Chatillon.
Après avoir subi un procédé particulier de momification,
la victime était alors enterrée dans une fosse circulaire
creusée sur le parvis du temple.
Image Jean-René Chatillon.
Lorsque ces rites cruels furent abandonnés à la fin du II° siècle avant notre ère, ils furent remplacés par des massacres d'animaux, suivis de festins communautaires ; les meilleurs morceaux (épaules, gigots) étaient offerts aux divinités et enfouis dans une série de fosses à proximité immédiate. L'une de celles-ci renfermait les restes de plus de 140 brebis, apparemment immolées en une seule occasion, toutes âgées de trois ans et pleines, comme en témoignent les foetus qui les accompagnaient. Plus étonnante, dans ce nouveau contexte, est la découverte d'un dernier sacrifié. Il s'agit encore une fois d'un homme jeune, tué d'un coup de hache sur la tempe alors qu'il avait les mains liées dans le dos, et mis en terre sans cérémonie ni aucun viatique. C'est toutefois grâce à cette ultime et mystérieuse victime qu'il a été possible de retrouver la trace des sacrificateurs. Les cimetières contemporains du site avaient en effet été intégralement fouillés auparavant ; on y rechercha donc, comme dans une enquête policière, une tombe contenant une hache susceptible d'avoir pu porter le coup fatal et on la trouva ; outre la fameuse hache, le mobilier funéraire était constitué d'une série d'objets caractéristiques et communs à trois autres sépultures (ustensiles à libations, petits seaux, poêles, haches et " feuilles de boucher "). On peut penser avoir identifié à cette occasion les tombes de prêtres sacrificateurs officiant, de génération en génération, au village pendant la centaine d'années où ces rites furent pratiqués.

Sanctuaire d'Acy-Romance :
Un des trois sacrifiés assis en tailleur
face au soleil levant dans une fosse carrée
(second âge du fer).
Photo Bernard Lambot AAREA
Meule complète, avec ses deux parties cutillus ou dessus
et meta ou dessous, retrouvée dans un silo d'Acy-Romance
(second âge du fer).
Photo Bernard Lambot AAREA.
Toutes les images de synthèse ont été réalisées par Jean-René Chatillon.
Sur son site Internet vous pourrez en découvrir de nombreuses autres.
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Bibliographie : "Traces, Strates, Archéologie en Champagne-Ardenne"
"Le site protohistorique d'Acy-Romance"
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