En ce jour Adonaï sanctionne de son épée dure, grande et forte,
Liviatân, le serpent fuyard, et Liviatân, le serpent tortueux.
Il tue le crocodile qui est dans la mer.

Isaïe 27-1          

A PROPOS DES DRAGONS

Par Christophe Huguenin                 

L’image du dragon semble être dérivée du grand serpent primordial représentant le chaos indifférencié et lié à la déesse-mère la terre. Mais avant l’apparition des dieux masculins, ce serpent primordial n’était pas exclusivement porteur d’une symbolique négative. Il était simplement symbole de fécondité, de naissance et de mort(début et fin) du fait qu’il frotte en permanence son ventre contre la terre mère. Cette symbolique est notamment exprimée par le motif médiéval de l’ouroboros, serpent ou dragon qui se mord la queue, motif principalement utilisé dans le domaine de l’alchimie. Il exprime l’idée que la fin fait partie du début et vice versa et représente la transformation, l’évolution , l’œuvre alchimique appliquée soit à la matière, soit à l’individu. La diabolisation du dragon, en quelque sorte, peut s’expliquer par les effets de la lutte des dieux masculins pour s’imposer contre la domination de la divinité terre-mère.
Le premier serpent-dragon connu semble être Tiamat, déesse mésopotamienne de la création et remonterait à 3000 ou 4000ans av. J.C.. Son fils Marduk va lutter contre elle et la terrasser pour finir par ordonner l’univers à partir des différents morceaux de son corps. Ce schéma se retrouve dans nombre de cultures à travers toute la planète, notamment chez les anciens Scandinaves : le premier être vivant est un géant ou un être monstrueux qui engendre une descendance, laquelle entre en conflit avec lui ou elle et après l’avoir vaincu et terrassé, ils découpent son corps et ordonnent le chaos prééxistant à partir de ses membres pour en faire l’univers rationnel que nous connaissons. Le scénario est installé, il ne changera plus, jusqu’à aujourd’hui où pour les analystes, le dragon et le serpent sont symboles de transcendance et de libération de la tyrannie de la mère. Les mots et les représentations mentales ont changé, mais c’est la même histoire, et sa signification est la même (si bien qu’aujourd’hui après des millénaires de domination masculine, nous en sommes à légiférer pour imposer une parité).
Depuis 6000 ans, les formes de représentation ont peu changé, que ce soit à travers les textes ou à travers les images. Voici ce qu’en dit un des plus anciens textes qui en parle, l’ancien testament :

Ses éternuements s’auréolent de lumière,
Ses yeux semblables aux paupières de l’aube.
De sa bouche émanent des torches ; des flammèches de feu s’en échappent.
Une fumée jaillit de ses naseaux,
Comme d’un chaudron effervescent ou de scirpes.
Son être flamboie de braises ; la flamme jaillit de sa gueule.
En son col nuite l’énergie ; en face de lui, la mortification pirouette.

Job 41-9         


             Continuateur de l’ancien testament, le nouveau ne sera pas en reste :

Et voici un grand dragon, un rouge.
Il a des têtes, sept, et des cornes, dix, et sur ses têtes sept diadèmes.
Sa queue traîne le tiers des étoiles du ciel : il les jette sur la terre.
Le dragon se tient en face de la femme, celle qui va enfanter,
pour quand elle aura enfanté, dévorer son enfant.
Il est jeté, le dragon, le grand,
Le serpent, l’antique, appelé Diable et Satân,
L’égareur de l’univers entier.
Il est jeté sur la terre et ses messagers sont jetés avec lui.

Apocalypse 12-3          



La femme et le dragon. Miniature du IXème siècle.

Beatus de Morgan, Espagne, XIème siècle. Le dragon de l'apocalypse face à la femme enceinte
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