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AMERIQUE PRECOLOMBIENNE :



Dans l’Amérique précolombienne, c’est à dire du Mexique au Pérou et de 2000 Av. J.-C. jusqu’à l’arrivée des Espagnols, la main prend une valeur symbolique particulière. Sa signification est double : créatrice, car tout a été créé par la main des dieux, et destructrice car dans ce monde de dieux et de guerriers, c’est elle qui donne la mort.

Ici nous pouvons approcher la valeur du symbole d’une manière plus précise car ces cultures, plus récentes que celles qui nous ont laissé les peintures rupestres, nous sont mieux connues : leurs religions, leurs représentation de l’univers ont laissé des traces écrites et déchiffrées et trouvent encore aujourd’hui des prolongements chez les peuples qui sont leurs descendants.
La main apparaît dans nombre de toponymes encore en usage de nos jours.

Dans certaines grottes on trouve, comme sur d’autres continents, des mains négatives. Certaines d’entres elles représentent des animaux en ombres chinoises, exactement comme font les enfants d’aujourd’hui. Ce qui semble attester d’un code de communication silencieux basé sur la main et peut-être d’une première forme d’écriture pour ce continent. Les grottes, ornées ou pas, étaient considérées par les Mayas, les Aztèques et leurs voisins, comme l’entrée du monde souterrain des morts : Mictlan.


Reproduction d’une empreinte de main dans une grotte du Yucatan.
On peut reconnaître une tête d’animal en ombre chinoise.


Plus tard, l’existence d’un langage des signes basé sur la main est attestée par une gravure sur un autel Olmèque. Elle représente un homme exécutant le signe du vaincu : il appuie son index sur l’avant-bras opposé. Ailleurs, seul le geste est représenté, avec la même valeur de soumission, mais il n’y a plus de personnage. Le symbolisme est total, on s’achemine vers une écriture hiéroglyphique.

Des mains en différentes positions, sont représentées dans chaque glyphe Maya de la Série de la Lune (d’époque classique) qui indique la position de l’astre à diverses dates. Ces positions de mains, modifiées avec le temps, sont encore utilisées aujourd’hui par certains Mayas pour évoquer les phases de la lune dans leur langage des signes.


Les douze glyphes Mayas de la série de la lune représentant l’astre à chacune de ses phases.
On peut voir(en rose) une main dans chacun de ces glyphes.

La main apparaît fréquemment dans l’écriture hiéroglyphique Maya et Aztèque. Elle est unité de mesure ainsi que le doigt ( il en est de même dans l’Egypte Pharaonnique). Elle apparaît aussi sous une forme stylisée : une barre horizontale et des points en dessous, toujours comme unité de mesure ou de compte. Dans le glyphe signifiant Ouest, on voit le soleil sous une main : l’endroit où chaque soir meurt le soleil, la main est ici symbole de mort. Elle apparaît aussi dans les glyphes signifiant action et jour.

La vraie main, celle de chair, était parfois utilisée comme amulette. On la croyait chargée en énergie. Elle pouvait servir à procurer la vaillance au combat, à commettre des vols sans être pris ou encore à conclure de bonnes affaires.

Le symbole de la main était utilisé dans des actes rituels, il est représenté également sur des objets magico-religieux. On connaît quelques bâtons de commandement (sceptres) représentant des mains.


Dans les codex (manuscrits), les mains sont présentes comme offrandes ou bijoux pour les dieux. Dans l’offrande, la main représente l’homme, elle signifie sa présence, son existence face aux dieux, elle le résume.


Art Aztèque.
Extremité d’un bâton de commandement.
XIVième siècle.

Art Aztèque.
Coatlicue représentée avec son collier de crânes et de mains.


Le dieu Maya de la création, Kabul, est appelé dieu de la main.

Chez les Aztèques, dans les invocations à Quetzalcoatl, créateur de la vie de l’homme, le dieu est appelé main ou grande main.

La pluie bienfaisante et créatrice de vie coule des mains de Tlaloc, le dieu de la pluie. Les plantes et les animaux prospèrent.


Art de Teotihuacan.
Tlaloc, le dieu de la pluie.
L’eau coule de ses mains donnant naissance à tout ce qui vit sur terre.

Mictlantecuhtli, le dieu des morts, est représenté avec des boucles d’oreilles en forme de mains, il a un instrument de musique terminé par une main. Ici la main est encore symbole de mort.

Coatlicue, (celle à la jupe de serpents), est une divinité complexe liée à la terre, au soleil, à la vie, à la mort, au printemps et en général au principe de dualité. Elle est toujours représentée soit avec un collier de mains et de crânes, soit avec un collier de mains et de coeurs. Les crânes et les cœurs représentent sans doute la mort et les sacrifices et si l’on applique le principe de dualité, les mains représentent la vie, la création et peut-être la mort en même temps.


Art Aztèque.
Coatlicue représentée avec son collier de crânes et de mains.


Son fils, Huitzilopochtli, dieu de la guerre, est rituellement associé aux mains. Mais c’est ici la main qui porte la mort et la destruction. Les offrandes en nourriture qu’on lui portait étaient constituées de galettes de maïs en forme de mains et de pieds. Pour le jour de sa fête, les esclaves qui allaient lui être sacrifiés apposaient la trace de leurs mains sur la porte de leurs maîtres.

La déesse Macuil-Xochitl (5 fleurs) est une déesse de la musique et de la danse. Le chiffre 5 est identifié avec la main, qui représente aussi la vie, le mouvement. La fleur évoque ce qui est précieux. 5 fleurs est donc la déesse du mouvement précieux : la musique et la danse, peut-être aussi la peinture. La main est d’ailleurs représentée sur nombre d’instruments de musique.

Dans l’Amérique précolombienne, la symbolique de la main est ambivalente : tous les aspects de la vie et tous les aspects de la mort. Mais c’est sa possibilité d’agir qui la transforme en symbole. Symbole qui peut devenir aussi offrande, bijou, amulette, sceptre, écriture. Elle dit toujours quelque chose, elle parle. Elle représente la totalité de celui dont elle fait partie.



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