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Bouddha apaisant les querelles.

ASIE












L’INDE :


Bouddha debout, calmant les océans.
Thonburi, XVIIIième siècle.

L’art en Inde, suggère le sens de ses représentations au lieu de les exprimer directement. L’allusion est la base des modes d’expression dans tous les domaines de l’art : peinture, sculpture, littérature, musique et danse. Ceci est valable de l’Inde au Japon, en passant par l’Asie du Sud-Est, plus particulièrement dans les pays de culture bouddhiste. Un des éléments essentiels du langage symbolique utilisé dans ces pays est la main. Son utilisation en tant que symbole expressif est particulièrement manifeste dans la sculpture et la danse.


Bouddha éxécutant le geste de prendre la terre à témoin (Bhûmisparçamudra).
Thaïlande, XVIième siècle.

Les mudras :

Que ce soit dans la danse, la sculpture, la peinture ou la prière, les gestes des mains sont appelés mudras.Leur valeur explicative est importante, car ils permettent au spectateur de lire un tableau, une sculpture, une danse. Ce langage par gestes s’est transmis au fil des générations depuis la période védique jusqu’à aujourd’hui. Il joue un rôle essentiel aussi bien dans les fêtes et les cérémonies religieuses de la vie courante que dans toutes les manifestations de l’art. A chacun d’eux est attribué un certain pouvoir spirituel dont la codification est subtile et que seuls les érudits peuvent déchiffrer.
Les mouvements des mains et les jeux de doigts ont étés qualifiés par le sage Sukracharya, d’ “ actions divines, se distinguant des mouvements et des gestes communs des mortels ”. Certains professeurs de danse, aujourd’hui même, prétendent que les mudras ont une action sur le système nerveux et que l’effet de chacun d’eux est particulier. Ce langage des gestes est si hautement développé qu’un professeur de danse peut parler pendant des heures à ses élèves en employant exclusivement des mudras pour exprimer ce qu’il désire. Mais il faut être un connaisseur pour les comprendre tous dans leur moindre détail.

QUELQUES EXEMPLES DE MUDRAS UTILISES DANS LA DANSE INDIENNE :

Kartarimukha. Evoque une séparation, un éloignement.
Ardhachandra.
La lune nouvelle à son huitième jour, une main saisissant une lance.
Tripataka.
Une couronne, un arbre, Indra porteur du tonnerre, une lampe allumée.
Simhamukha.
Le sacrifice du feu, un lièvre, un éléphant.
Arala.
Absorption de poison, vent violent
Kapitha.
Les déesses Lakshmi et Sarasvati tenant des cymbales, offrir des fleurs à un mariage, la traite d’une vache.

Il existe deux espèces de mudras : ceux exécutés avec une main, et ceux exécutés avec deux mains. Il existe au moins 28 mudras formés à l’aide d’une seule main, et au moins 23 mudras formés à l’aide des deux mains. A l’aide de ces mudras essentiels, des centaines d’autres mudras peuvent être créés. En fait, il existe un nombre illimité de combinaisons de mudras, et plus le danseur est érudit, plus étendu est son langage de mudras. Ces gestes des mains traduisent les drames, la poésie, la littérature, la prose et les chants.


Bouddha éxécutant le geste qui rassure de la main gauche (Abhayamudra).
Sukhotaï, Thaïlande, XIVième siècle.

Exemple :
Dans une sculpture de Darasuram, l’attitude momentanément héroïque de Kama avant que le regard étincelant de Shiva ne le consume en un instant sous ses traits de feu, est rendue non par un froncement de sourcils ou un signe de colère, mais par le geste d’un simple doigt de la main.


Civa éxécutant la Kataka Hasta Mudra.
Thaïlande, XIVième siècle.



JAVA :


Les règles générales de l’art en Inde sont également valables pour l’Indonésie dans son ensemble.

Quelques exemples :
Les statues en pierre de Bouddha sont généralement représentées assises les jambes croisées. Elles représentent le groupe des cinq Bouddha cosmiques, qui se distinguent par le mudra qu’ils exécutent (ceci est valable également pour l’Inde et le Japon).

A Borobudur, ces statues sont situées selon le point cardinal qui leur correspond :
Vairocana fait le geste de la première mise en mouvement de la roue de la Loi (Dharmaçakramudra).
Il est situé au centre des terrasses supérieures dans les stûpas ajourés

Bouddha effectuant le geste de mise en mouvement de la roue de la Loi (Dharmaçakramudra).
Java, IXième siècle.
Aksobhya appelle la terre à témoin (Bhûmisparçamudra).
Il et situé à l’Est des terrasses inférieures.

Bouddha effectuant le geste qui appelle la terre à témoin(Bhûmisparçamudra).
Laos, XVIIième siècle.
Ratnasambhava esquisse le geste du don (Varadamudra).
Il est situé au Sud des terrasses inférieures.

Bouddha effectuant le geste du don (Varadamudra)de la main gauche et celui qui rassure (Abhayamudra)de la main droite. Japon, 600.
Amitabha tient ses mains posées en méditation (Dhyanamudra).
Il est situé à l’Ouest des terrasses inférieures.

Bouddha en position de méditation (Dhyanamudra). Japon, 1053.
Amoghasiddhi fait le geste qui rassure (Abhayamudra).
Il est situé au Nord des terrasses inférieures.

Bouddha éxécutant le geste qui rassure (Abhayamudra). Japon, 1140.
Il existe aussi à Borobudur un sixième bouddha au sommet de l’édifice qui exécute le mudra de l’enseignement (Vitarkamudra).Il est associé à toutes les directions, mais son nom est inconnu à ce jour.

Bouddha éxécutant le geste de l’enseignement (Viatarkamudra). Japon, IXième siècle.
Une autre déesse très souvent représentée est Prajnaparamita, la déesse de la sagesse suprême. Elle est représentée exécutant le geste de mise en mouvement de la roue de la Loi, le Dharmaçakramudra.

Prajnaparamita effectuant le geste de mise en mouvement de la roue de la Loi (Dharmaçakramudra). Java, XIIIième siècle.


JAPON :


Nous sommes toujours grosso-modo dans la même aire culturelle. Les influences réciproques en matière d’art, sont nombreuses entre l’Inde, la Chine, l’Asie du Sud-Est, le Japon et la Corée.
Dans les images de divinités, le geste est presque plus important que le visage. Celui-ci doit rester immobile, inexpressif. Le geste lui, doit exprimer avec précision l’état d’esprit dans lequel se trouve la divinité à un moment “T”. Tout, dans une représentation, doit donc concourir à mettre en évidence le geste : le mudra. Ce principe, cependant se doublait aussi du souci de rechercher un effet de symétrie (même, éventuellement, au dépens du sens) : c’est ainsi que le Dhyanamudra semble avoir souvent remplacé l’Abhayamudra pour la simple raison qu’il se prêtait plus facilement à un traitement frontal symétrique


Bouddha les mains posées en méditation (Dhyanamudra). Japon, 1252.

Bouddha de l’avenir éxécutant le geste qui rassure (Abhayamudra)de la main droite et le geste du don (Varadamudra) de la main gauche. Japon, 985.

En ce qui concerne le portrait profane, deux éléments importants apparaissent :
l’artiste devait rendre le souffle (de l’esprit) et le mouvement même de la vie. Ces deux notions étant comprises dans leurs dimensions cosmique et mystique.
Le deuxième élément important est la position des mains : selon qu’elles tiennent un insigne de commandement, un outil ou bien qu’elles exécutent un mudra, elles expriment des réalités sociales, intellectuelles ou spirituelles différentes. Le costume sans être cantonné à un rôle purement décoratif, permettait de préciser avec exactitude la place officielle de chacun dans la société.


Kannon(déesse pré-bouddhique), la multiplication des bras évoque la grande puissance de la déesse. Japon, Xième siècle.

Bouddha mystique, au Japon, il est toujours représenté dans cette position. Japon, VIIIième siècle.



CONCLUSION :


Depuis que Homo Sapiens a commencé à représenter des images, il y a 30 000 ans, sur tous les continents, dans toutes les cultures et à toutes les époques jusqu’à aujourd’hui, l’image de la main à tenu un rôle premier dans l’expression du langage. Parce qu’elle fut un des premiers signes représentant un son ou un concept, avant même les premières écritures, et parce qu’elle vient immédiatement en importance après la bouche en tant qu’organe et outil servant à transmettre le langage. Certaines cultures ont même poussé la codification de ses expressions jusqu’à pouvoir exposer des discours complexes en ayant exclusivement recours à l’utilisation de l’image de la main. D’autre part, au cours de l’évolution humaine, la main en acquérant de plus en plus de capacité à réaliser des gestes techniques complexes, a permis au cerveau de solutionner les problèmes liées à l’exécution de ces gestes. Une sorte d’échange réciproque s’est ainsi instauré entre la main et le cerveau permettant à l’un d’évoluer vers la structure complexe que nous lui connaissons aujourd’hui, et à l’autre d’évoluer vers la capacité de dextérité que l’on peut constater chez certains musiciens virtuoses de nos jours. C’est pourquoi, pour Yves Coppens, elle est l’organe qui a le plus contribué à faire de nous ce que nous sommes, depuis que les premiers hominiens se sont redressés pour marcher sur leurs membres postérieurs. Son utilisation en tant qu’image symbole a aujourd’hui considérablement diminué, néanmoins elle persiste dans certains logos comme celui de l’association “ touche pas à mon pote ” ou encore dans certaines signalétiques de circulation. La poignée de main destinée à nous saluer mutuellement participe elle aussi à une symbolique de communication. L’image de la main est donc un des plus vieux symboles que l’humanité utilise, sans doute un des premiers.



Vajrayaksa (démon). La multiplication des bras évoque la grande puissance du démon ou du dieu. Japon, XIIIième siècle.

Yakushi Nyorai éxécutant le geste du don de la main gauche (Varadamudra) et le geste d’apaisement de la main droite (Abhayamudra). Japon, VIIième siècle.




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