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Le village néolithique de Mairy

Début du IV° millénaire av. JC.

En 1975, au lieu-dit " Les Hautes Chanvières ", sur le territoire de la commune de Mairy au confluent de la Meuse et de la Chiers, à l'occasion du forage d'un puits, furent mis au jour quelques silex et tessons de poteries attribuables au Néolithique moyen. Des fouilles commencèrent immédiatement qui permirent d'explorer quelques 400 m². En 1981 l'ouverture d'une gravière sur les lieux mêmes permit de donner une plus grande ampleur aux recherches qui aujourd'hui se sont étendues sur quelques 30 hectares. En raison du fort alluvionnement en cet endroit, les premiers vestiges n'apparaissent qu'à partir d'une profondeur de 1,50 m. C'est un très grand village néolithique de la culture du Michelsberg que les décapages ont permis de dégager, permettant d'étudier les traces de 23 grands bâtiments, 200 silos et de nombreux artefacts tels que poteries, outillages en pierre et sépultures.

Si ces vestiges du Michelsberg sont et de loin les plus nombreux et les plus impressionnants, d'autres périodes sont également représentées de façon plus ou moins ponctuelle :
Deux armatures de flèches et un tesson de céramique sont attribuables au Rubané récent
Une sépulture d'enfant contenant un gobelet entier décoré à la cordelette, est attribuable au Campaniforme chalcolithique
Cinquante fosses au nord-ouest du site, contenant céramique et objets métalliques sont datées du Bronze final III
Quatre fragments d'épées (type Rosnoën) sont datés du Bronze final I
Plusieurs fosses contenant de la céramique et des objets en fer et bronze sont datées de La Tène I
Plusieurs structures dont des soubassements en pierre sont datées du I° siècle ap. JC
Enfin de grands fossés peu profonds dessinent un parcellaire du Moyen-Age


Ces quatre vases, provenant de l'habitat fortifié de Mairy, illustrent la grande variété de formes et de décors de la vaisselle en terre cuite retrouvée sur ce site (néolithique moyen).
Photo Clément Marolles.

Comme on peut le constater, l'occupation du site semble s'être prolongée de façon plus ou moins continue sur plusieurs milliers d'années avec toutefois une présence nettement moins importante pour les périodes qui succèdent au Michelsberg. Le village néolithique en lui-même occupe toute la surface fouillée à ce jour. L'ensemble des caractéristiques de ce village en font un site unique en Europe pour sa période, on retiendra en particulier l'énorme enceinte fortifiée qui le ceinture, ainsi que le nombre et la taille des bâtiments.

L'enceinte a été fouillée sur une longueur de 480 m, mais il ne fait aucun doute qu'il ne s'agit que d'un secteur de celle-ci et qu'elle s'étendait sur une longueur bien plus importante. Elle est constituée d'un large fossé et de palissades parallèles. Le fond du fossé est plat et horizontal, d'une largeur d'environ 8 m, ses parois sont assez détériorées et ne permettent pas d'affirmer quel était leur profil initial, actuellement l'ouverture en surface est large d'une douzaine de mètres en surface. Peu de matériel archéologique y a été découvert. Dans sa partie Est, une interruption de 5 m de long dans le creusement permet d'y voir une entrée. En deçà de ce fossé et du coté intérieur (coté village) on rencontre un système de tranchées parallèles servant apparemment de fondations à des palissades de bois. Ces tranchées parallèles espacées de 1 à 3 m, sont au nombre de 4 à 7 selon les tronçons de l'enceinte. Leur largeur n'excède pas 60 cm, leur profondeur varie de quelques dizaines de centimètres à 1,50 m. Le diamètre maximum des poteaux qui constituaient la palissade et dont la base de certains a été bien conservée, atteint les 50 cm. A proximité et au Sud de l'entrée supposée, on trouve quatre grandes fosses allongées, recoupées par les tranchées de palissades, remplies de limon rubéfié.

Plan du village néolithique de Mairy. Relevés Clément Marolles, Infographie C. Huguenin





Bâtiments

Fossés d'enceinte

Tombes

Silos dépotoirs

Fondations de palissades


Les bâtiments sont matérialisés au sol par les tranchées ayant servi de fondation à leurs charpentes et armatures de bois. Il sont tous rectangulaires, la majorité étant de grandes dimensions.
Le bâtiment 1 orienté Est-Ouest mesure 13 m x 60 m, ses murs latéraux sont porteurs. Les fosses destinées à recevoir les pièces verticales de charpente vont jusqu'à 1,50 m de profondeur pour plus d'un mètre de diamètre. L'intérieur est divisé en deux pièces de 16 m de longueur et deux autres de 9 m de longueur. Les séparations entre ces pièces dessinent un couloir central tout au long du bâtiment. C'est le plus grand bâtiment du village et au Nord et au Nord-Ouest de celui-ci s'étend une vaste surface vide de toute construction ou de tout silo, qui pourrait être interprétée comme la place centrale du village.
Les bâtiments 6 et 7 font respectivement 42 m et 45 m de long pour une largeur de 9,50 m. Leurs murs ne sont pas porteurs et leur organisation intérieure est la même que celle du bâtiment 1.
Les bâtiments 3 et 4 sont les seuls à être organisés perpendiculairement l'un par rapport à l'autre. En fait ils ne constituent qu'un seul bâtiment et un poteau axial plus important se trouve à l'intersection des deux faîtages.
Les bâtiments 8 à 11 ont une longueur de 20 m à 30 m. Ils sont organisés en deux rangées de deux bâtiments dans le prolongement l'un de l'autre. Ils ne comportent que deux pièces, une petite à l'entrée et une grande à l'arrière.

Les silos au nombre de deux cent, font un diamètre de 0,70 m à 1 m pour une profondeur de 1,50 m. Ils ont probablement été utilisés pour le stockage des céréales puis comme dépotoirs. Ce sont eux qui ont livré le maximum de matériel archéologique : vases brisés, outillage de pierre et d'os, et de nombreux ossements d'animaux dont beaucoup en connexion anatomique.

Deux sépultures seulement ont été découvertes entre deux tranchées de palissade de l'enceinte. L'un des corps, en position recroquevillée, était celui d'une femme d'une soixantaine d'années accompagnée de deux vases au niveau de la tête.

Les bâtiments 1, 2, 3, 4 et 7. Relevés Clément Marolles, Infographie C. Huguenin.




La céramique très abondante a été majoritairement trouvée dans les comblements des silos. Elle est rarement décorée, les surfaces sont bien lissées et la cuisson est de bonne qualité. Généralement, la pâte est dégraissée au moyen de petits coquillages broyés. Les formes de cette céramique sont très variées, on trouve notamment :
Des vases tulipiformes caractéristiques de la culture de Michelsberg, d'une contenance maximale de 6 à 7 litres, les plus petits pouvant être des gobelets à boire.
Des vases en forme de sac, plus allongés que les précédents.
Des vases carénés avec un angle très prononcé à la jonction du col et de la panse. Ceux-ci trouvent leurs similaires dans la culture contemporaine du Chasséen.
Des vases à provisions destinés au stockage, d'une capacité pouvant aller jusqu'à 40 litres.
Des bouteilles de formes variées, au col étroit, garnies de mamelons perforés permettant de les suspendre comme cela se pratique encore actuellement. Certaines de ces bouteilles sont miniatures.
Des cruches à panse renflée et à anse bien développée, dépassant rarement le volume d'un litre.
Des marmites à fond rond ou légèrement plat.
Des puisoirs (petites louches) à courte queue portant souvent deux perforations.
Des plats à cuire d'un diamètre de 20 à 30 cm.

Le silex provient de deux sites d'extraction : la vallée de l'Aisne, au Sud, et la région de Mons, au Nord en Belgique.
Les outils réalisés dans ces matériaux comprennent des grattoirs, des armatures de flèches, des couteaux, des becs, des alésoirs, des perçoirs, des burins, des couteaux à dos, des haches polies et des ciseaux.
Il faut remarquer que les pointes de flèches ont été trouvées en très grand nombre (200) sur le site, alors que la faune sauvage est très rare parmi les ossements d'animaux retrouvés (2 exemplaires de cerf sur un total de 20 914 animaux attestés), il ne s'agissait donc pas d'armes de chasse mais de guerre. Ce qui, en corrélation avec l'exceptionnel système de défense mis en place autour du village, semble dénoter une période particulièrement troublée, voire l'embryon d'une société aristocratique guerrière (la grande maison au milieu du village pourrait alors être celle du chef de cette société).
D'autres roches dures ont été également trouvées sur le site mais nous n'en connaissons pas la nature. On peut néanmoins citer le grès arkose et le quartzite, utilisés pour fabriquer des meules, des masses, des haches et des polissoirs.

Peu d'outils en os ont été trouvés, parmi ceux-ci, on peut citer quelques poinçons, quelques lissoirs, des ciseaux, des masses confectionnées en bois de cerf et des pelles fabriquées dans des omoplates de bœufs.

La parure est elle aussi très peu représentée, à peine quelques pendeloques de schiste et quelques perles de fluorine, dont le gisement se trouve à Foisches distant de 80 km au Nord-Ouest dans la vallée de la Meuse.

Si l'on a peu de traces de l'agriculture pratiquée par les habitants de ce village (hormis les nombreuses meules à broyer le grain), en revanche les nombreux ossements d'animaux domestiques présents sur le site permettent de se faire une idée assez précise de la composition de leur cheptel (en effet, comme on l'a déjà vu, ce sont plus de 20 000 ossements qui ont pu être étudiés). Celui-ci était composé à 80 % de bovins, viennent ensuite les moutons et les chèvres pour 15 %, ainsi que 4% constitués par le porc, le chien quant à lui, bien représenté, semble ne pas avoir été consommé. Les animaux étaient abattus jeunes, souvent dans leur première année.

Ce qui frappe le plus dans cet établissement néolithique, c'est le gigantisme de l'implantation et l'apparente situation de guerre ambiante. La somme de travail nécessaire pour construire l'ensemble, bien que non encore évaluée est très impressionnante. Le bâtiment 1 à lui seul, dont la surface atteint 750 m² a nécessité 80 tonnes de bois pour sa charpente, quant au fossé d'enceinte, ce sont 20 000 m³ de terre qu'il aura fallu extraire pour sa réalisation. Les flux d'approvisionnement courent souvent sur des distances supérieures à 100 km. Peu d'établissements de cette période sont aussi étendus et aussi axés sur la défense.
Ce gros village du début du IV° millénaire av. JC se rattache par son mobilier archéologique à la culture de Michelsberg qui couvre au néolithique moyen l'Ouest de l'Allemagne, le Nord de la Suisse, la Belgique et l'extrême Nord-Est de la France.



Bibliographie :

"L'Ardenne avant l'histoire"

"Traces, Strates Archéologie en Champagne-Ardenne"


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