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Le Château de Montcornet en Ardenne
et sa place dans l'architecture militaire de la seconde moitié du XV° siècle

D'après les travaux de Alain SALAMAGNE et Jean HEUCLIN

Ce véritable Colisée féodal, selon l'expression de Michelet, fut inscrit en 1926 à l'inventaire des Monuments Historiques. Le premier château de Montcornet, dont l'origine remonte au moins au début du Xl° siècle, voire même bien plus loin, est quasiment inconnu faute de données historiques et archéologiques. Les imposants vestiges visibles aujourd’hui sont ceux de la fin du XV° siècle et du début du XVI° siècle qui virent son remodelage complet.


Vue du château depuis l'est au XVI° siècle, album de le famille de Croy.

Petit historique
L'histoire de ce château est lié à trois familles : les Montcornet, les Miles De Noyers, les Croy.
L'occupation du site pourrait remonter à l'époque néolithique. Quelques pointes de flèches attestent cette présence. L'aménagement de l'éperon en oppidum daterait de l'époque gauloise. Celui-ci prit de l'importance à la fin de l'Empire romain et à l'époque mérovingienne avec l'édification d'une tour, disposant d'un appareil en arêtes de poissons.
A la faveur de la rivalité entre Carolingiens et Robertiens, entre 950 et 1050, des châteaux "adultérins", édifiés par des agents comtaux et des aventuriers virent le jour à la périphérie du pagus du Porcien (de Portuensis, passage à travers les Ardennes), espace frontalier naturel délimité par la Meuse. Ils étaient assurés de l'affaiblissement de l'état pour mener à bien leurs affaires privées.



Maquette du château au XV° siècle, la façade orientale (Musée du château).

Les Montcornet.
C'est ainsi que les Montcornet engagèrent une politique de mise en valeur et de défrichement dans le quart Nord-Est du Porcien. Le tonlieu (péage) de Deville sur la Meuse, siège d'une rencontre entre Henri Ier et Conrad le Salique, fut confié par les archevêques de Reims, à Hugues, premier seigneur connu de Montcornet.
Par l’union avec Béatrice de Reynel, fille du comte Thibaut, les Montcornet se trouvèrent propulsés parmi les plus grands seigneurs du royaume. Des trois fils qui naquirent, Barthelémy devint évêque de Beauvais, Nicolas, sire d'Haudrecy, entra dans l'ordre des Templiers, lors de la seconde croisade et Guillaume, l'aîné, hérita de la seigneurie en 1105.
Au XII° siècle, la seigneurie englobait deux espaces économiques complémentaire, la forêt au nord, et la vallée de la Sormone au sud. Les Montcornet, vassaux du comte de Champagne tiraient leurs revenus de différents impôts, droits d'usage et taxes, perçus en paiement du service d'estage (garde) des châteaux de Fismes et de Meaux.
En 1190, Hugues II (1168-1240) installa aux Mazures un monastère de cisterciennes pour s'occuper du faire-valoir direct de ses terres, tandis que les chanoines de Saint-Pierre de Mézières y percevaient les droits fonciers. En revanche, il obtenait, du comte de Champagne, les taxes perçues sur le tonlieu de Deville pour effectuer le service de garde au château d'Epernay.
Les Miles de Noyers
Nicolas de Rimogne, sire de Montcornet hérita de l'ensemble seigneurial en 1273. Sa fille, Jeanne, fut mariée à un seigneur voisin, Enguerrand de Rumigny dont elle fut veuve en 1295. Héritière de la moitié du Porcien (Rumigny, Signy et Montcornet), elle trouva un riche parti en la personne de Miles de Noyer, Bouteiller de Bourgogne, Maréchal de France et ambassadeur de Philippe le Bel. Décédée en 1305 à quarante-cinq ans, son mari la fit ensevelir dans la chapelle de Montcornet (en contre-bas du château) qu’elle avait elle-même fait édifier en 1303. Les Miles de Noyer, plusieurs fois prisonniers des anglais, eurent à payer de fortes rançons qui ruinèrent leurs


Plan du château
seigneuries. Au début du XIV° siècle, lorsque Jean 1er (+1412), chambellan de Bourgogne légua Montcornet à sa sœur Isabelle, veuve de Dreux de Mello, la terre et le châteaux étaient en piteux état. Les revenus seigneuriaux avaient baissé de plus de 50%. Charles de Noyer-Mello (1438) pour éteindre ses dettes, essaya de vendre Montcornet au comte de Rethel.
Les de Croy
Ce fut Antoine de Croy, qui acquit Montcornet en 1446. Les de Croy étaient une grande famille des Pays-Bas bourguignons, originaire de Picardie et dont l'ascension remonte à Jean de Croy, chambellan du duc de Bourgogne. Dans un aveu de 1459, Antoine Ier avouait tenir la tour, forteresse et basse-cour de Montcornet.
Antoine Ier de Croy (1390-1475), chambellan du duc de Bourgogne en 1431, était également courtisé par le roi de France qui lui alloua une rente de 3000 livres. En 1438, il acheta la seigneurie du Porcien et aurait alors reconstruit le château du lieu. Le 16 juin 1453, Philippe le Bon céda à Antoine Ier de Croy les villes de Beaumont, Fumay et Revin, puis la charge du duché de Luxembourg et du comté de Chiny. Il était aussi homme de guerre et comme tel participa aux principales campagnes militaires des années 1420-1435 et suivantes. En 1461, Louis XI le nomma conseiller et grand-maître de son hôtel, capitaine des villes et châteaux de Sainte-Menehould, Mouzon et Châlons, et bientôt lui confia le gouvernement des villes de la Somme. Aux conférences entre Angleterre, France et Bourgogne, Il représentait à la fois les intérêts des uns et des autres face aux Anglais. Mais devenus trop proches du roi de France Louis XI, les Croy furent chassés des Pays-Bas en 1465 et restèrent en disgrâce jusqu'aux années 1473-1474.
Philippe Ier, fils d' Antoine de Croy, hérita vers 1475 du domaine de Montcornet qu'il conserva jusqu'à sa mort vers 1511. Il continua la carrière militaire sans avoir une personnalité aussi remarquable que celle de son père. En 1471, entraîné peut-être par son beau-père, Louis de Luxembourg, connétable de France, il passa au service de Louis XI et fut nommé par ce dernier gouverneur du château de Boulogne et sénéchal du Boulonnais.
Cependant il rentra en grâce auprès du duc de Bourgogne en mars 1475, date à laquelle Charles-le-Téméraire le fit gouverneur, capitaine général du Hainaut, puis de Valenciennes en 1482. En 1476, Philippe Ier de Croy conduisait un corps d'armée en Lorraine et fut nommé gouverneur du duché de Luxembourg et du comté de Chiny ; il obtint également la lieutenance générale du pays de Liège. Ses biens en France auraient alors été saisis par Louis XI, sans que l'on sache si Moncornet en faisait partie.


Le châtelet d'entrée. Photo C. Huguenin
Guillaume de Croy (1458-1521), fils de Philippe Ier de Croy et de Jacqueline de Luxembourg, accompagna Charles VIII à la conquête du royaume de Naples puis servit Louis XII en Milanais. Grand-bailli de Hainaut en 1501, précepteur en 1509 du futur Charles-Quint, amiral du royaume de Naples en 1515 et diplomate, il joua un rôle important au début du XVI° siècle.



Description archéologique
Le château s'élève sur un éperon rocheux de 170 m sur 50 m, orienté nord-sud dont les pentes apparaissent comme naturelles au sud et à l'ouest mais qui ont du être recoupées à l'est et au nord. Le château se divise en trois parties avec du nord au sud : un ouvrage de défense avancé ou boulevard, la masse centrale, comprenant les défenses principales et la zone résidentielle, et une basse-cour à l'extrémité de laquelle vient se greffer une forte tour circulaire.
A l'écart des principales voies de communication de l‘Ardenne vers le Hainaut, le château fut implanté en ce lieu comme base arrière, dernier repli d’un seigneur tour à tour allié des Français ou des Bourguignons. C'est d’ailleurs à cause de ce relatif isolement qu'il fut choisi au début du XV° siècle comme repaire, par les écorcheurs ravageant les frontières méridionales du Hainaut. Mais la forteresse contrôlait néanmoins une ressource locale essentielle, l'ardoise, dont l’Ardenne fut la grande région exportatrice au cours du Moyen Age.
Le boulevard dessine un saillant semi-circulaire outrepassé, dans le côté droit duquel est ménagée la porte. L'ensemble fait 34 m de longueur pour 12 m de largeur. Trois niveaux se succèdent en élévation : les casemates à hauteur des fossés, le terre-plein de l'ouvrage à hauteur du sol naturel, enfin le chemin de ronde.
L'accès au premier niveau se fait par un escalier mural à rampe droite qui descend jusqu’à une vaste salle voûtée en berceau surbaissé. La salle est éclairée et aérée par trois fenêtres. Sur le flanc droit, quatre embrasures de tir, isolées par des murs de refend, constituent la seule défense de ce niveau.
A la gorge du boulevard, une poterne ménagée sous le pont-levis conduit à une archère-canonnière conçue pour le tir des arbalètes ou armes à feu portatives. Le terre-plein du boulevard, large de 6,80 m, est pris entre des murs qui sur le flanc droit font 2 m d'épaisseur, et jusqu'à 5,30 m au passage de la porte. Sur l'escarpe du flanc droit court un cordon mouluré continu de trois assises, qui se prolonge sur la façade de la masse centrale.


Vue externe de l'aile orientale du boulevard. Photo C. Huguenin

La galerie charpentée du chemin de ronde
A la base du cordon, deux conduits rectangulaires rejettent les eaux pluviales du terre-plein.
Six canonnières à double ébrasement, ménagées dans des niches à plafond plat, sont percées à ce niveau.
La porte du boulevard, sur le flanc droit, a un schéma défensif réduit à des vantaux et à un pont-levis, dont la manœuvre se faisait à partir de l'étage supérieur aujourd'hui amputé. Le chemin de ronde, couvert d'une galerie charpentée sur les vues de l’album de la famille de Croy, règne uniquement sur le flanc gauche et le saillant de l'ouvrage.
Au total le boulevard était muni de 18 embrasures de tir, cinq au raz des fossés, sept à hauteur du sol environnant et six en surplomb sur la contrescarpe. Toutes étaient conçues pour le service d'armes à feu portatives, mais adoptaient des formes particulières.


La masse centrale dessine un carré d'une cinquantaine de mètres de coté, presque régulier. De prime abord, son plan frappe par son caractère ramassé et centré. Son aile nord-est présente un tracé pratiquement polylobé, contre lequel pouvait glisser les projectiles de l'artillerie.
L'aile méridionale s'oppose à la précédente par son aspect faiblement fortifié.
L'entrée nord est ménagée entre deux grosse tours selon la formule, habituelle depuis le début du XIII° siècle, de la porte-châtelet, mais en réalité les deux tours encadrant le passage ne sont pas organiquement liées ensemble. Le pont-levis principal est accompagné à sa droite par une poterne à bascule, dispositif caractéristique du XV° siècle.
Le passage central, courant le long de l'aile occidentale et traversant le château du nord au sud sur une longueur de 36 m, est accosté de part et d'autre de plusieurs pièces. Les deux accès du passage, disposés de telle sorte que le tir d'enfilade de l'assaillant soit impossible, sont d'autre part sous le tir de deux canonnières, une troisième canonnière défendait l'entrée depuis la grande salle.


Entrée nord de la masse centrale. Photo C. Huguenin

La masse centrale vue depuis le sud. Photo C. Huguenin
L'accès sud de ce passage présente un schéma défensif réduit, en effet la tour de l'extrémité sud de la basse-cour ne rendait pas nécessaire une fortification importante de ce côté.
Au rez-de-chaussée, à partir d’une grande salle rectangulaire, un couloir, ou gaine, dessert de nombreuses casemates munies d’archères-canonnières avec ou sans trous d'encastrement pour armes à feu. Ce dispositif se retrouve sur plusieurs niveaux. Ce niveau comprenait en outre les cuisines et différentes salles de stockage aujourd’hui effondrées.
Les étages supérieurs, qui abritaient les espaces résidentiels seigneuriaux sont aujourd’hui largement ruinés, mais on peut encore y admirer un superbe escalier à vis, les vestiges de la chapelle castrale et quelques fenêtres–cannonières ou à banc.

La basse-cour occupe un espace de 66 m sur 30 m au sud de la masse centrale. Sa défense est assurée par trois tours conservées sur plusieurs niveaux. Chaque tour possède plusieurs canonnières surmontées dans certains cas d'évents d'aération, pour l'évacuation des fumées résultant des tirs d’armes à feu.
Le troisième niveau d’une de ces tours, aujourd’hui disparu, comprenait des combles à double couronnement de la fin du XVI° siècle, bien qu’à l'origine, il s’agissait d’une terrasse d’artillerie. On y accédait par deux tourelles d'escalier à vis, prenant naissance sur le chemin de ronde. Les canonnières de cette tour sont largement défilées par des orillons.
La troisième tour située à l'extrémité sud de la basse-cour, était primitivement isolée par un fossé. De plan circulaire à l'extérieur (diamètre de 16,50 m), elle conserve trois des quatre niveaux qu'elle devait avoir à l'origine et est accessible vers la basse-cour par un couloir étroit qui était fermé d'un pont-levis.


Vue générale de la basse-cour depuis la masse centrale.
Photo C. Huguenin


La tour méridionale de la basse-cour. Photo B. Lussigny.
Contre le coté droit de la salle du second niveau, est ménagé un puits et à sa gorge une archère-canonnière. Cette embrasure, dépourvue de trous d'encastrement, est adaptée aux armes mécaniques comme aux armes à feu semi-portatives, couleuvrines sur chevalet par exemple.
Un escalier coudé ménagé dans le flanc gauche de la tour et percé à son départ d'une archère-canonnière pour armes portatives, mène au niveau 3. Ce troisième niveau est constitué d'une salle centrale grossièrement rectangulaire, voûtée en berceau et sur les flancs de laquelle s'ouvrent deux embrasures de tir. Une cheminée, communiquant avec le puits de la salle inférieure, est ménagée contre le mur droit de cette salle.
Le plan curviligne, le pont-levis, la coupure supplémentaire des fossés, la présence des embrasures démontrent que cette tour avait été fortifiée, paradoxalement, vers l’intérieur de la basse-cour.
Sa capacité défensive vers I'extérieur était limitée. Seule la mine, peut-être, aurait pu avoir raison de sa cuirasse. Si le terme donjon n'est guère applicable à cet ouvrage, il est certain par contre qu'il fut conçu pour être, le cas échéant, autonome.

Hypothèse de chronologie
En Thiérache la diffusion de la brique dans l'architecture militaire médiévale ne serait pas antérieure aux années 1550-1560. Ce matériau, utilisé à Montcornet, serait donc une importation des Pays-Bas méridionaux, où son utilisation était devenue courante à la fin du XIV° siècle.
Les matériaux et les éléments de modénature subsistants orientent donc vers une période comprise en gros entre 1450-1550, l'appareil pierre et brique n'étant pas antérieur en Picardie, Ardenne et régions voisines à la mi-XV° siècle.
Dans la masse centrale, on peut trouver des chapiteaux et bases de colonnes dont le style renvoie à la seconde moitié du XV° siècle, peut-être au début du suivant, et des fragments d'ogives avec un profil fréquent dès le début du XIV° siècle.
Les vues de l’album de Croy attestent de l'existence dans ce bâtiment de cinq arcades au rez-de-chaussée surmontées d'une galerie de bois à l'étage, ouvrage que l’on peut situer au plus tôt vers 1540.


La galerie renaissance

Au premier étage, vestiges de l'habitation seigneuriale : la chapelle. Photo C. Huguenin

Ses biographes ont attribué à Antoine Ier de Croy la reconstruction de Montcornet, attribution confirmée par une pierre à ses armoiries incrustée dans le mur de la porte méridionale. A cette première campagne, qui se situerait entre 1446, date à laquelle il acquit la seigneurie et 1475, date de sa mort, il est possible d'attribuer les éléments de la masse centrale et le premier niveau du boulevard.
la chronologie suivante peut être proposée :
Etat 1 : le château antérieur au XV° siècle
Etat 2 : l'œuvre d' Antoine de Croy (entre 1446-1475)
Etat 3 : l'achèvement du boulevard
Etat 4 : les tours de la basse-cour et l'achèvement des parties hautes de la masse centrale au plus tard vers 1540.


Les grosses tours d'artillerie du château peuvent être approximativement datées de la deuxième moitié du XV° siècle de même que celles de Sedan et Mézières avec lesquelles elles présentent certaines affinités, mais dont la datation est plus précise.
Le plan polylobé
La faible saillie des tours de la masse centrale leur fait dessiner une série de festons ou polylobes : parti architectural adopté dès le XII° siècle pour certains donjons. Ce plan polylobé, que nous retrouvons sur le front du château de Sedan, datable de la seconde moitié du XV° siècle, présentait I'avantage d'offrir une série de surfaces convexes sur lesquelles les projectiles de I'artillerie pouvaient aisément ricocher. D'autre part, le flanquement réciproque des ouvrages se trouvait facilité et enfin, la puissance de feu était accrue.



Les grosses tours d'artillerie. Photo B. Lussigny

Entrée de la gaine d'artillerie. Photo C. Huguenin
La gaine d'artillerie
Le dispositif de la gaine d'artillerie est attestée dans I'architecture militaire à partir des années 1100 ou environ, pouvant servir de couloir de circulation, mais aussi occasionnellement de contremine. A Montcornet, le socle rocheux sur lequel fut implanté le château rendait de toute façon cette précaution inutile. Le principe de ces galeries de tir ou contremine sera repris par les bastions du XVI° siècle dans de nombreuses villes.

Les boulevards (de bollewercq) sont des ouvrages attestés dans la fortification à partir des années 1400. Ouvrages avancés devant une porte au XV° siècle, ils sont qualifiés de boulevard et non de barbacane. Une vingtaine de boulevards de bois et de terre sont ainsi attestés dans les Anciens Pays-Bas de 1406 à 1415, leur diffusion semble avoir été très rapide au nord de la Loire, particulièrement dans les zones privilégiées du conflit franco-anglais, en Normandie entre autre, où ils sont attestés dès 1412.
A partir des années 1430, les boulevards de terre furent remplacés par des ouvrages de maçonnerie, dont il ne reste que de rares exemplaires sur le territoire de la France actuelle parmi lesquels il faut relever celui de Montcornet.
Dans sa ville de Beaumont (Hainaut), Philippe Ier de Croy fit édifier par le Maître-Maçon Pourchelin Beghin, des boulevards aux dispositions plus évoluées que celles de Montcornet, qui font croire à l'antériorité du modèle ardennais.


Les embrasures de tir
Les embrasures de tir peuvent être regroupées en 10 types particuliers.
Bien qu’on ne puisse, à partir du seul dessin des bouches à feu, induire une chronologie, en fait le maître d'œuvre a puisé dans le répertoire de formes qu'il connaissait, en fonction des armements utilisés et des objectifs désignés. Dans la seconde moitié du XV° siècle, on pouvait concevoir dans une construction militaire des types d'embrasures différents en fonction d'un plan de feux et d'un arsenal préétabli.
A Montcornet le maître d'œuvre, collaborant peut-être avec un canonnier, préféraient pour la défense des fossés, des feux à l'impact réduit mais à la cadence plus rapide que celle des canons de gros calibre.
Les trous d'encastrement pour armes à feu apparaissent dans le Nord de la France dans la décennie 1420. Par contre les embrasures de Montcornet ne sont pas dotées de retraits pour servants, perfectionnement visible vers 1470. Les évents d'aération ne sont pas attestés avant les années 1470.


Intérieur d'une casemate avec son embrasure de tir en forme de bèche. Photo C. Huguenin
Ce qui situerait Montcornet, où certaines embrasures étaient dépourvues d'évents, au tout début de ces expérimentations.
Le parti des cordons moulurés continus de Montcornet ne saurait être antérieur à 1470
Ainsi, l'ensemble des éléments architecturaux analysés, tours, gaine, embrasures de tir, parapet et les caractéristiques qui sont les leurs, viennent conforter les renseignements historiques pour situer entre 1460 et 1480 au plus tard la construction de la masse centrale et de la tour B3.



Le couloir central traversant le château, à gauche cannonière prenant l'entrée en enfilade. Photo C. Huguenin
Expulsé des Etats bourguignons en 1465, Antoine de Croy avait de bonnes raisons d'édifier dans son fief de Montcornet une forteresse qui le mette à l'abri des idées de vengeance du fougueux duc, auprès duquel il ne rentra en grâce qu'en 1473-1475. La conception architecturale du château atteste justement de cette volonté de repli. Les qualités passives en furent privilégiées : l'épaisseur des murailles permettant une résistance prolongée, la tour B3 reprenant l'idée du donjon, la conception massée et aveugle du plan, le refus du décor et la restriction des percements, voici qui dénote assez l'esprit qui présida à la conception de l'ensemble.
Par la suite, Philippe II de Croy ne se bornera pas à une simple direction administrative de ses domaines, mais plusieurs faits démontrent qu'il portait un intérêt tout personnel à l'architecture militaire. Héritier en 1521 d'une immense fortune, il semble qu’il en ait consacré une partie, dans le climat troublé de la décennie 20, à renforcer les défenses de son château de Montcornet.

La tour B2 paraît avoir été conçue comme un brillant exercice de style, la protection supplémentaire de ses flancs par les orillons ne s'imposant nullement, le relief mettant ses défenseurs à l'abri des tirs d'écharpe. Manifestement le constructeur semblait vouloir faire étalage de la connaissance qu'il avait des règles les plus modernes de la fortification en érigeant un ouvrage exemplaire.
Architecturalement, Montcornet constitue un véritable catalogue de l'architecture de la fin du XV° siècle : tours, gaine, moineau peut-être, boulevard furent utilisés par le maître d'œuvre avec une aisance certaine malgré les contraintes du site. Le répertoire d'embrasures de tir est d'une richesse inégalée ailleurs et on peut voir finalement l'évolution progressive et le passage de l'archère-canonnière à la canonnière. Le soin apporté au défilement des bouches de tir, l'étude minutieuse des plans de feu incitent à croire à l'intervention, dans sa conception, d'un homme de guerre averti de I'arsenal dont il pouvait disposer et des objectifs précis qu'il fallait lui assigner.


Au rez-de-chaussée, vestiges des cuisines. Photo C. Huguenin

La grande salle du rez-de-chaussée. Photo B. Lussigny

L'aspect résidentiel disparaît derrière d'épais cuirassements annonçant les rocca italiennes des années 1500, le fort des Salses en Roussillon et, au-delà, la nouvelle architecture militaire du XVI° siècle. Les pays du Nord ont incontestablement été un des laboratoires où se sont façonnées, à la fin du Moyen Age, certaines des règles qui devaient être à l'honneur au siècle suivant.
L'aspect sévère et froid des murailles de Montcornet est peut-être le reflet du caractère sombre et taciturne de son commanditaire, le vieux guerrier qu'était Antoine de Croy, replié au soir de sa vie, loin des fastes de la cour de Bourgogne, en son dernier fief. Nul château peut-être, plus que Montcornet, ne laisse cette impression durable de repaire érigé autour et pour un homme.


Montcornet témoigne de la puissance des derniers féodaux qui dans l'entourage des ducs de Bourgogne partageaient le même rêve de puissance que leur maître, et tentèrent en Vermandois, sur les franges de Lorraine ou en Ardenne, d'élargir leur assise territoriale en profitant des dissensions politiques du moment.
La disparition entre 1469 et 1475 de ces derniers féodaux allait sonner le glas des forteresses seigneuriales : au siècle suivant la fortification sera pour l'essentiel urbaine.



Le château semble être un vaisseau de pierre ancré dans un écrin de verdure (façade occidentale). Photo B. Lussigny.


Le château est géré par l'association des amis du château de Montcornet en Ardenne.
Jeux de rôles et compagnies médiévales investissent régulièrement les lieux.

Visites de Pâques à la Toussaint :
Les Samedi et Dimanche de 14h à 18h
En Juillet-Août : tous les jours de 14h à 18h, sauf le Lundi
Tarifs : adultes 4 €, adolescents 2 €
Groupes : adultes 2 €, adolescents 1 €

Association des amis du château de Montcornet en Ardenne
08090 Montcornet en Ardenne Tel : 03 24 54 93 48 et 03 24 54 80 98




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