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Montcy-Saint-Pierre, ancienne aglomération Gallo-Romaine

Travaux réalisés par la Société Archéologique du Sillon Mosan


Les premières mentions de la présence de vestiges romains à Montcy-Saint-Pierre remontent à la construction de la citadelle du Mont-Olympe, au début du 17ème siècle : des ruines, datées par la présence de monnaies romaines, sont alors arasées pour faire place à la forteresse de Charles de Gonzague.
Depuis cette époque, les découvertes se sont multipliées sur le territoire de la localité : bas-reliefs de pierres, monnaies, statuettes de bronze, fresques...
Au début du 20ème siècle, lors de la construction d'une maison, un bassin de thermes chauffés par un système d'hypocauste (chauffage par le sol) fut dégagé dans la zone du cimetière actuel.
Mais les 5 dernières années nous ont apporté pour ainsi dire autant que les trois derniers siècles.
Comme souvent dans cette localité, ce sont des travaux de voierie, effectués en plusieurs tranches, qui ont permis de mettre au jour des vestiges de la période gallo-romaine, donnant lieu à trois opérations d'archéologie urbaine.
A partir de Novembre 1999, la moisson fut riche. D'exeptionnelles peintures murales (rue de Castrice), un bassin appartenant sans doute à un complexe thermal, une partie de 11 chaussées antiques, une structure d'évacuation des eaux usées, des caves, plusieurs pierres de seuil correspondant à l'entrée d'habitations ont été mises à jour.

Montcy-Saint-Pierre.
Fouilles de sauvetage sur un chantier de voirie.
A gauche on aperçoit un fragment de mosaïque,
à droite, une pilette, vestige d'un hypocauste
(chauffage central des établissements thermaux romains).
Photo J.P. Lémant
Cruches en terre blanche de Montcy-Saint-Pierre
(200-250 après JC).
Musée de l'Ardenne, Charleville-Mézières.
Photo Jean-Marie Lecomte.

Des découvertes plus fructueuses encore furent faites en l'an 2000, la cave d'où ont étés extraits les fragments de peintures a révélé sa structure complète : plan rectangulaire, escalier de pierre, et surtout un sondage dans le fond de la cave révèle une occupation gauloise antérieure à l'établissement romain.
En Mars 2003, en préalable à la construction de la maison d'un particulier dans la rue Létrange, deux habitats gallo-romains ainsi qu'une structure en abside et un puits étaient mis au jour. Le remplissage des caves, constitué en partie de chevilles osseuses de cornes de bovidé laisse présager la proximité d'un atelier de travail de la corne à cette époque.
A partir d'Octobre 2003, le suivi des travaux sur différents réseaux de la rue de Saint-Aubin a donné lieu à d'autres découvertes. Sans doute moins prestigieuses que celles de la rue de Castrice, elles apportent pourtant leur lot de renseignements quant à l'occupation romaine du territoire de Montcy-Saint-Pierre : plusieurs caves, hélas très arasées, ont ainsi été mises au jour, repoussant encore vers l'est les limites de l'agglomération antique.

Montcy-Saint-Pierre.
Fouilles de sauvetage sur le chantier de voirie.
Fragments de peintures murales en cours de dégagement.
Photo J.P. Lémant
Plaque 1.
Edicule large à bande rose claire
et plafond à caissons
Photo S. Groetembril

Quant aux peintures, leur étude est en cours par le Centre d'Etude des Peintures Murales Romaines du CNRS à Soissons. De très nombreux fragments de peintures romaines ont été trouvés sous forme de gravats dans le remblayage d'une cave du II° siècle. Après un long et minutieux travail de nettoyage, les chercheurs ont pu analyser et décrypter les différentes connexions des fragments entre eux. Finalement, ils ont pu replacer chaque élément à la place qui était la sienne dans ce qui s'est avéré être un imposant décor peint sur un mur long de 8 m et haut de 4,60 m.
Trois zones ont pu être identifiées :
- une zone inférieure en imitation de marbres de différentes couleurs
- une zone intermédiaire en imitation d'opus sectile
- une zone supérieure avec un grand tableau mythologique encadré par des édicules en trompe l'œil
Enfin l'ensemble était rythmé verticalement par deux colonnes à demi engagées en stuc peint d'imitation de marbres également.

Plaque 75.
Plinthe et départ d'imitation de marbre vert encadrée d'imitation de marbre jaune
Photo S. Groetembril
Plaque 15.
Eléments principaux du tableau mythologique à fond bleu.
Nymphe de dos prenant appui sur un rocher et jambe d'Hylas.
Photo S. Groetembril
Fragment de chapiteau avec
restitution moderne des chevilles.
Photo C. Vibert-Guigue

Ces peintures peuvent être datées de la fin du deuxième siècle ap. J.C.
La façon dont les personnages sont peints atteste le talent des artisans qui ont œuvré. Il y a là une très grande maîtrise des couleurs appliquées par empâtements rapides et nerveux mais efficaces, pour rendre le modelé.
L'hypothèse de restitution est fondée sur peu de fragments et en l'occurrence un nombre encore insuffisant de fragments de stuc, ceux du chapiteau en particulier.
Il apparaît évident qu'une salle avec un tel décor, comprenant des mégalographies et des colonnes engagées, devait dégager une atmosphère prestigieuse. Il est fort probable également que cette salle comprenait en tout trois mégalographies, une sur le mur principal, face à l'entrée, et une sur chacun des murs latéraux, à moins qu'il ne s'agisse d'un couloir. Ce décor est somptueux, il est donc à rattacher à une architecture du même ordre. La question se pose de savoir s'il s'agissait d'une habitation privée luxueuse ou d'un bâtiment public prestigieux.

D'autres informations sur l'avancement de la restauration et de la mise en valeur de ces peintures sont à venir.


Restitution hypothétique de l'ensemble de la paroi à décor peint, faisant
apparaître les fragments retrouvés et leur position dans le décor.
Dessin CEPMR, infographie C. Huguenin.

Le caractère monumental et prestigieux de ces fresques démontre l'existence sur le site de Montcy-Saint-Pierre de bâtiments somptueux de grandes dimensions.
Ainsi, chaque opération archéologique, aussi réduite soit-elle, est susceptible de mettre au jour des vestiges exceptionnels et Montcy-Saint-Pierre s'affirme chaque fois un peu plus comme le cœur de la région carolomacérienne à l'époque romaine.
Malgré l'importance de ces résultats, la trame urbaine de l'agglomération antique nous est cependant encore totalement inconnue : ni la voirie, ni les bâtiments publics (forum, temples. ..), à l'exception peut-être des thermes, n'ont été repérés.
Quelques traces des activités artisanales ont été mises en évidence mais aucun atelier n'a encore été fouillé.
De même, si la logique voudrait que la ville ait été dotée d'un port fluvial indispensable au commerce, aucun élément ne permet encore de le localiser.
Montcy-Saint-Pierre.
Deux fibules à feuilles d'or étamées provenant
d'une sépulture de Montcy-Saint-Pierre (fouille ancienne).

En considérant la fameuse Table de Peutinger, on trouve au franchissement de la Meuse, les mentions de "Castrice" et "Mose" associées à la représentation d'une localité de relative importance. Par la suite, le toponyme Castrice a traversé les siècles jusqu'à aujourd'hui pour désigner un secteur de Montcy-Saint-Pierre (voir la "Rue de Castrice" mentionnée plus haut).

Extrait de la Table de Peutinger.
A gauche vers le bas, on peut trouver "Durocortoro" (Reims).
En haut à droite on reconnaît "Bonnae" (Bonn), ainsi que "Colonia Agripina" (Cologne).
Le petit encadré représente la localité de "Castrice" ou "Mose" (Montcy-Saint-Pierre ?).
Le grand bâtiment légèrement à droite représente le sanctuaire de Grand dans les Vosges.
Sur la route menant à celui-ci, on peut voir la mention de "Noviomagus" (Mouzon).


Cette voie romaine qui franchit la Meuse a été fouillée en deux endroits lors de l'été 2003. Voir l'article consacré à ces fouilles


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