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Aspects d'une moyenne capitale régionale à travers les siècles :
Mouzon, autrefois Mosomagus


Travaux réalisés par la Société Archéologique du Sillon Mosan



Installée au croisement de la voie romaine Reims-Trèves et de la Meuse, Mouzon pourrait être d'après son ancien nom (Moso-Meuse et Magus-Marché) d'origine gauloise. Dès l'empire, sa fonction militaire est attestée par la Notitia Dignitatum qui y mentionne une légion de Musmagenses dans le gouvernement militaire de la Belgique Seconde. La campagne environnante est très tôt romanisée, comme en témoignent les habitats, les fortifications et temples découverts à Alma, Vincy, au faubourg Sainte-Geneviève, aux Flaviers et à Monfort. Située entre Belgique Première et Belgique Seconde, Mosomagus devint un chef-lieu de pagus très important. Pendant la période mérovingienne, elle aura même son propre atelier monétaire et deviendra avec Carignan un pôle fort de la christianisation dans la région, une communauté chrétienne s'y développera dès le V° siècle (vie de Saint-Maximin).




Sondages en centre-ville : la place de l'abbaye

Au printemps 1992, des travaux d'aménagement sur la place de l'abbatiale et la construction d'un parking ont donné lieu pendant deux mois à des fouilles de sauvetage réalisées par la Société Archéologique du Sillon Mosan " S.O.S. Fouilles ". Le creusement des travaux à plus de trois mètres de profondeur a révélé près de l'église-abbatiale une base de pilier et surtout des alignements de pieux fichés en terre et destinés à soutenir le rempart du Bas-Empire romain.


Base de pilier appartenant probablement à un important bâtiment public                      La tranchée du sondage place de l'Abbatiale,
                     montrant l'alignement de pieux

Les pieux découverts, au nombre de 113, disposés en une dizaine de rangées parallèles, étaient parfaitement conservés grâce à l'humidité du terrain. La datation dendrochronologique de quinze d'entre eux a révélé une date d'abattage vers 367-368 après JC, quatorze de ces pieux étaient en chêne et le quinzième en érable. Par ailleurs, la base de pilier en relation avec du matériel daté de la fin du Bas-Empire, a permis de supposer la présence d'un important bâtiment public dans ce secteur. Deux monnaies ont également été trouvées à proximité, une de Constantin II frappée à Lyon et datée de 330-335 et l'autre de Constant frappée à Trèves vers 344-346. La ville de Mouzon étant située sur la voie romaine Reims-Trèves, il est remarquable que ces deux monnaies soient venues l'une du sud et l'autre du nord pour s'y rencontrer et y rester jusqu'à nos jours.


Une partie des pieux prélevés Gros plan de l'extremité des pieux.
On peut constater l'excellent état de conservation dû à l'humidité.


La rue de la motte

Les travaux de la rue de la Motte ont quant à eux révélé principalement des vestiges du mur d'enceinte des IX°-XI° siècles et surtout, sur toute la longueur de la tranchée, soit plus de vingt mètres, une voie romaine très bien appareillée et bordée de maisons et d'ateliers. Cette voie a été identifiée comme étant la grande voie romaine Reims-Trèves.


Plan des sondages effectués rue de la motte Le mur carolingien

La chaussée présente une construction soignée et extrêmement résistante par le choix des matériaux utilisés. Sur la couche de roulement, ont été observées des recharges de mortier venant reboucher des ornières et des trous (" nids de poules "). Un sesterce de la fin du II° siècle pris dans ce mortier date cette chaussée du Haut-Empire. Les monnaies de la fin du IV° siècle trouvées sur cette voie situent son abandon à la fin du Bas-Empire.

Vue générale de la tranchée de sondage. Au premier plan, la chaussée romaine, en haut de l'image, le mur carolingien. Gros plan de la chaussée romaine, faisant apparaître les traces laissées par les charrois.

La lecture du plan de cette partie de la ville montre que les rues actuelles suivent sensiblement l'orientation de la voie romaine. Cette partie du cadastre actuel ressemble fort à celui qui existait dans l'antiquité. Le mur 115 qui s'installe directement sur le niveau de la chaussée romaine est à mettre en relation avec un phénomène général d'empiètement des insulae sur les chaussées urbaines. Cet empiètement entraîne un rétrécissement assez conséquent de la voirie. Des aménagements sont visibles dans cette reconstruction, comme les creusements perpendiculaires au mur 115 qui peuvent s'apparenter à des caniveaux en bois. Un autre creusement semble correspondre à la fondation d'une structure en élévation. La lecture des relevés et des coupes permet d'avoir une idée approximative de ces habitats en bordure de la voie. Le schéma proposé s'inspire des résultats des fouilles des grandes villes comme Amiens et Reims.

Restitution de deux états différents de la voirie et des insulae la bordant.






Plusieurs couches archéologiques
se superposaient à la voie romaine.


De nombreux tessons de céramique (plus de 100 kg) ont été retrouvés, dont certains décorés à la molette de motifs chrétiens, ces tessons s'étagent du II° au VI° siècle. On peut également mentionner deux fragments de verrerie. Une importante quantité d'ossements animaux et de cornes (notamment de bois de cerf) travaillés attestent la présence en bordure de la voie, d'ateliers de tabletterie, présence confirmée par la découverte de déchets de fabrication et de produits semi-finis. 35 monnaies ont également été trouvées allant du I° siècle (Trajan, Rome, 98-117) à la fin du IV° siècle (Théodose, Arles, 388-395). Mais la plus remarquable trouvaille réalisée sur ce sondage reste une intaille en cornaline orange représentant le combat d'Arès contre un géant anguipède, trouvée dans une couche de remblai datée du début du VI° siècle. Il s'agit d'une Agate ovale de 12 mm de longueur, 11 mm de largeur et 3 mm d'épaisseur pour un poids de 0,78 gr. Une intaille similaire est signalée à Hanovre, mais datée du I° siècle.



Intaille représentant le combat d'Arès
contre un géant anguipède. IV° siècle.




Un imposant mur de 3,85 m d'épaisseur à la base et haut de 3 m, a été retrouvé au sud de la tranchée de sondage. Ce mur a percé perpendiculairement la voie romaine, son orientation est sensiblement parallèle à la Meuse. Il est principalement constitué de gros moellons rectangulaires, mais on observe ici et là des pierres de plus petites dimensions, disposées de flanc. Des pierres de réemploi gallo-romaines y ont également été retrouvées. L'aspect général du mur impose par sa robustesse, sa technique de construction est semblable à celle du Château-des-Fées à Montcy-Notre-Dame. Le mur recoupe les niveaux romains et mérovingiens ainsi que la voie romaine Reims-Trèves.



Gros plan du mur carolingien Accolées au mur carolingien, des latrines du XVIII° siècle sont apparues (au milieu de l'image).

Les textes d'archives relatent de nombreux sièges de Mouzon de 871 à 948 (871 : incendie du château au cours du conflit entre Carloman et Charles le Chauve, 882 : les Vikings dévastent Mouzon, 889 : les Hongrois dévastent Mouzon, de 930 à 948 : cinq sièges), ainsi par sa position proche de la Meuse, le mur pourrait être ce qui reste de l'enceinte carolingienne de Mouzon. Il est à noter par ailleurs qu'une motte féodale en terre s'était installée sur une autre partie de ce mur, celle-ci a été détruite en 1963, sans qu'aucune fouille n'ait été réalisée.

Bien que des fouilles sur une plus grande surface et davantage de temps auraient apporté un lot de connaissances inédites sur l'histoire antique et médiévale de Mouzon, ni le temps, ni les moyens n'ont malheureusement été réunis, par manque de volonté politique, cette fouille est donc restée sans suite.


Une nécropole gallo-romaine et mérovingienne


Des fouilles de sauvetage menées en 1984 et 1986 le long de la voie romaine et au nord de la porte de Bourgogne, ont permis de dégager 55 sépultures datées du III° au VIII° siècle. Ce cimetière est à mettre en relation avec l'ancienne église Saint-Pierre. Les incinérations gallo-romaine du III° siècle sont caractéristiques de la région : caissons de pierre dans lesquels ont été déposés les urnes funéraires au milieu de céramiques et autres objets funéraires. Les inhumations du IV° et du début du V° siècle montrent une romanisation assez prononcée de la population identifiée par le dépôt de verrerie de qualité (tombe n° 10-86).



Mouzon.
Verreries de la nécropole de l'ancienne porte de Bourgogne (V° siècle).


Quelques autres tombes sont également à mentionner :
           - la tombe n° 17-86 d'une jeune fille renfermait un mobilier riche avec fibule germanique, une belle verrerie inédite mais
             aussi un petit dépôt de monnaies qui permet de dater cette sépulture de la fin du IV° siècle.
           - Une tombe féminine du début du VI° siècle contenait un vase de verre apode conique et une fibule romaine ronde
             trouvée en place à le base du cou.
           - Des tombes typiques du VII° siècle, dont un sarcophage de pierre contenait encore, malgré une violation, un restant
             de mobilier féminin comprenant une bague en argent, gravée d'un personnage portant une haste terminée d'une croix
             (peut-être à mettre en relation avec l'atelier monétaire) et des garnitures de chaussures en fer damasquiné de la fin du
             VII° siècle.



Mouzon.
Nécropole de l'ancienne porte de Bourgogne (V° siècle).


D'une façon générale, les sarcophages ont été réutilisés, prenant parfois la fonction de caveau. La tombe n°10-84, en pleine terre, partiellement bouleversée, était fermée par deux dalles de couverture de sarcophages, celle de tête, cassée, portait une croix latine sculptée en relief.
Enfin, il convient de signaler une tombe étonnante du VII° siècle (n° 25-84). Le squelette était allongé sur un lit de charbon de bois et de graines carbonisées, la terre du fond étant rubéfiée. Il avait les bras repliés derrière le dos, les poignets sectionnés et sa jambe gauche était très écartée du corps. La jambe droite, séparée du squelette, avait été replacée pliée à coté du corps. La datation de la tombe a été obtenue par la présence d'un tesson de céramique grossière et l'analyse des charbons de bois au carbone 14.

Comme on peut le constater à la lecture de ce court compte-rendu, la ville de Mouzon semble avoir été un haut lieu de culture et de civilisation pendant plus de mille ans. Il va sans dire que si des opérations de prospection archéologique étaient mises en œuvre à chaque chantier de voirie ou de construction, nous apprendrions beaucoup sur l'histoire de notre région et sur ses transformations, et finalement, sur notre identité présente. Malheureusement, il semble que nous n'en prenions pas le chemin......


Une partie du résultat de ces fouilles est exposée au Musée de l'Ardenne à Charleville.


Sources : "Activités 1992 de la Société Archéologique du Sillon Mosan S.O.S. Fouilles"


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