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Fouilles récentes sur la voie romaine impériale Reims-Cologne (2003)

Travaux réalisés par la Société Archéologique du Sillon Mosan
en collaboration avec le Musée de l'Ardenne

Une campagne de fouilles réalisées par une équipe du CARA à la fin du printemps 2003 a permis de réaliser un sondage au lieu-dit Le Boctier, sur le territoire de la commune de Fagnon, à un endroit où la voie romaine avait été coupée par le chemin menant à la ferme de Basse-Ecogne, et un nettoyage de la bande de roulement de la voie au lieu-dit Roux-Sainte-Fosse.
La voie romaine Reims-Cologne est l'une des deux voies romaines impériales qui traversent l'actuel département des Ardennes, reliant la capitale de la Belgique seconde Durocortoro (Reims) à la capitale de la Germanie inférieure Colonia Agripina (Cologne). Ses fonctions stratégiques et économiques en font un élément majeur de la structuration des paysages et de l'occupation du sol dans les zones traversées.


La voie romaine au lieu-dit "Le Boctier".
La coupe nettoyée se trouve juste en lisière du bois.
La route actuelle suit peu ou prou le tracé de l'ancienne voie.
Photo J.P. Lémant
La voie romaine au lieu-dit "Roux-Sainte-Fosse"
Les deux lignes d'arbres temoignent de son utilisation
jusqu'à une époque récente.
Photo J.P. Lémant

Plusieurs documents anciens évoquent cette voie romaine :
- la Table de Peutinger est une copie d'une carte antique réalisée au 13ième siècle et trouvée à Worms à la fin du 15ième siècle
- Le milliaire de Tongres qui est la seule source d'époque romaine dont nous disposons. Il s'agit du fragment d'un indicateur routier découvert à Tongres en 1818 et conservé au Musée du Cinquantenaire à Bruxelles. Ce fragment comporte une partie des itinéraires indiqués sur 3 faces d'une colonne à section sans doute octogonale.
- L'Indicateur de Macquenoise dont l'authenticité est sujette à contreverse. Découvert fortuitement en 1947 et conservé au Musée de Mariemont (Belgique), il indique une voie directe Reims-Cologne dans le prolongement de la voie Soissons-Reims.
- Deux passages de l'histoire de Rome d'Ammien Marcellin (XVI.2 et XVI.3) peuvent suggérer l'utilisation de la voie Reims-Cologne par l'armée du césar Julien en 357.
- Un extrait de "l'Historia monasterii Mozomensis", écrit rédigé entre 1025 et 1033 relate la translation des reliques de saint Arnoul, assassiné avant 969-971 en forêt de Froidmont et enterré d'abord à Gruyères, le long de la via regia avant d'être transporté à Warcq. Il y a peu de doute que cette " voie royale " soit la voie Reims-Cologne.

Les voies romaines dans les Ardennes
Dessin J.P. Lémant, Infographie C. Huguenin


Depuis 1850, les études anciennes ont pu confirmer l'origine romaine de la voie antique qui reliait Reims à Charleville-Mézières par Château-Porcien mais ont longtemps hésité à l'assimiler à la voie Reims-Cologne figurée sur la Table de Peutinger, préférant le plus souvent la qualifier de voie Reims-Castrice, parfois même de voie Reims-Château-Porcien. Aujourd'hui encore son tracé reste inconnu entre Charleville-Mézières et Sainte-Marie-Chevigny, petit village situé à l'est de Libramont, soit une lacune d'une centaine de kilomètres environ.

Dessin J.P. Lémant, Infographie C. Huguenin

Fagnon, lieu-dit "Le Boctier" :

Le nettoyage de la coupe est intervenu à un endroit où le talus que forme la voie romaine a été sectionné par le passage du chemin menant de la route départementale n° 39 à la ferme de Basse-Ecogne. L'endroit se trouve au pied d'une petite éminence culminant une quarantaine de mètres plus haut et que la voie escalade avec une pente toujours inférieure à 10% pour aborder les hauteurs des bois communaux de Jandun et Gruyères et ne pas " s'enfermer " dans le fond de Gruyères. Avant de s'engager sur cette hauteur, la voie est à flanc de colline et grossièrement parallèle à la pente. Cette position ainsi que l'imperméabilité de sa structure ont engendré un effet de digue (l'érosion de la partie supérieure de la pente venant buter contre la chaussée), et provoqué à 500 mètres environ au nord-est une retenue d'eau. Ce caractère avait déjà été mis en évidence dans le département de l'Aube par R. Tomasson

La coupe réalisée sur la voie à Fagnon/Le Boctier a révélé une structure large de 6,50 mètres à sa base. La forme générale est un dôme. La largeur de la bande de roulement, quoiqu'elle n'existe plus à cet endroit, peut être estimée à 4 mètres environ. L'épaisseur maximale de la voie atteint 85 centimètres dans son état actuel.
Son assise n'est pas parfaitement horizontale mais légèrement inclinée (à 6,15 %), dans le sens de la pente naturelle. Cette dernière s'accentue d'ailleurs après la voie, soit que cette dernière a été installée en rupture de pente, soit que l'érosion de la pente a été accentuée par la présence de la voie.


Représentation de la tranchée réalisée pour le passage du chemin
conduisant à la ferme de Basse-Ecogne au lieu-dit "Le Boctier"
La partie fouillée se trouve à droite de l'image.
Dessin J.P. Lémant, Infographie C. Huguenin

L'US 109 correspond à 3 caniveaux creusés parallèlement et à l'est de la voie. La puissance du premier et du plus profond atteint une vingtaine de centimètres. Le comblement est un sable jaune très fin. L'interface entre les US 109 et 118 présente des pierres plates et des cailloux de moyen module agencés contre les parois ou tapissant le fond
US 110 Cette U S, placée à l'interface entre le " noyau " de la chaussée et la bande de roulement, est constituée de larges pierres blanches, gélives et clivables, aux bords anguleux. Ces caractéristiques ne peuvent en aucun cas convenir à une bande de roulement.
US 111 Cette US, composée de sable, de cailloux et vraisemblablement d'un liant tel que la chaux, a une structure feuilletée et une puissance maximale de 60 centimètres environ qui permet la mise hors gel de la chaussée. Elle constitue le noyau, le nucleus de la voie.
US 112 Cette US, composée de pierres plates d'un module d'une vingtaine de centimètres de côté, constitue l'assise, le statumen de la voie. Ces pierres, non gélives et de couleur ocre sont d'origine locale. Loin d'avoir été jetées "en vrac", elles sont au contraire minutieusement disposées en "écailles de poisson" et ne semblent pas avoir été liées. En outre, des pierres placées en biais de chaque côté de la voie forment un hérissonnage latéral. Cette US a une puissance de 25 centimètres environ, formés en général de 3 à 4 rangs de pierres.
US 113 à 116 Remplissage de trous de poteaux en argile brun jaune. Diamètres respectifs des poteaux: 14,11,12 et 10 centimètres. La présence de ces 4 trous de poteaux disposés le long de la voie sur le côté sud pourrait s'expliquer par une structure en bois soutenant le hérissonnage lors de la construction de la voie.

Photo et dessin J.P. Lémant, Infographie C. Huguenin

US 117 Excavation révélant la récupération de matériaux à cet endroit de la voie. Cette pratique avait déjà été remarquée sur les voies ardennaises, en particulier sur la voie Reims-Trèves comme le montrent deux textes du 18ième siècle. Cette "carrière" n'a pas pu être datée. Néanmoins des documents locaux datés de 1744 et 1794 précisent que des corvées de route étaient exigées des populations locales (en 1794 ces corvées sont appelées réquisitions !) :
"elles étaient obligées de fournir chacune un certain nombre de toises de pierres, qu'il avait fallu arracher d'abord du chemin des Romains de Reims à Trèves passant sur leur terroir"
"Les laboureurs du Châtelet transportèrent 19 toises de cailloux arrachés à l'ancienne voie romaine de Reims à Trèves sur le terroir d'Aussonce"

US 118 Argile jaune formant le substrat géologique. Il n'a pas été possible de démontrer que la surface de cette US avait fait l'objet d'un traitement à la chaux dans le but de l'indurer mais cette hypothèse est probable au vu du soin apporté à la confection de l'ensemble.
Les US 110,111 et 112 constituent la chaussée à proprement parler et correspondent à la division classique en 3 niveaux (statumen, nucleus et summum dorsum), exception faite du ruderatio, qui chapeaute théoriquement le statumen.

Le feuilletage de la structure, dans sa partie haute, résulte probablement d'un compactage réalisé au fur et à mesure de l'arrivée des matériaux lors de la construction de la voie. Les ondulations des couches constituant le feuilletage pourraient éventuellement être interprétées comme des ornières révélant le passage de véhicules pendant la phase de construction.

Aucune trace de fossés bordiers n'a été découverte (leur office était peut-être rempli sur le côté sud par les caniveaux). Il ne semble pas qu'un fossé directeur ait été tracé, comme cela avait été mis en évidence par J. Mertens à Florenville (Belgique) sur la voie Reims-Trèves. D'une manière générale, la coupe de la voie Reims-Cologne à Fagnon se révèle très différente de celle de la voie Reims-Trèves à Florenville, qui était, il y a peu de temps, la seule référence régionale sérieuse en la matière.

Dessin J.P. Lémant, Infographie C. Huguenin

L'apport de matériaux est à Fagnon beaucoup plus important, vraisemblablement pour remédier à l'impossibilité de trouver un sol stable, et la méthode de construction est évidemment différente. Le mobilier archéologique est peu nombreux et essentiellement constitué de fragments métalliques (clous de chaussure, pointes diverses) et de quelques fragments de céramique. Du matériel militaire des deux guerres mondiales a été découvert dans les strates supérieures (US 101 et interface US 101/110), en particulier deux plaques d'identification de soldats français de la première guerre mondiale aux noms de Paulin Ballu (incorporé à Versailles en 1900 sous le matricule 3288) et Louis Jean (incorporé à Marseille en 1903 sous le matricule 714).

A l'exception peut-être de quelques tessons de céramique tournée noire à dégraissant coquillier et d'un tesson de céramique fine à pâte rosée et engobe noir, dont la position stratigraphique n'est pas significative, seul un fragment d'épingle en bronze à tête ronde qui était pris à la surface de l'US 111 peut être daté de la période gallo-romaine et considéré comme fossile directeur.

Fagnon lieu-dit "Roux-Sainte-Fosse" :

Le site se trouve en bas de la pente, après que la voie a franchi les hauteurs du bois du Mélier et entamé sa descente vers la Meuse avec un dénivelé de près de 80 mètres (la pente moyenne étant inférieure à 10 %).
L'opération s'étant limité au nettoyage de la bande de roulement (cette dernière ayant complètement disparu au Boctier, l'apport de ce nettoyage n'est donc pas négligeable), la structure à cet endroit n'a pu être précisée. Cependant, la forme bombée de la voie ne permettait sans doute que de rouler sur une largeur de 3 mètres.
Le nettoyage de la bande de roulement a révélé que le summum dorsum de la voie était constitué à cet endroit de pierres de moyens et grands modules (de 80 à 300 mm) de provenance locale. Leur surface présente la patine caractéristique des bandes de roulement. Quelques alignements longitudinaux des pierres les plus grandes, sans doute pour maintenir les plus petites en place, ont induit la création de plusieurs ornières en repoussant les roues des véhicules. Ces ornières larges d'environ 20 cm au maximum, ont un espacement avec la pierre suivante d'environ 45, 50 et 90 cm.. La surface d'une de ces larges pierres est marquée d'un sillon dû à des passages répétés de charroi.

Dessin J.P. Lémant, Infographie C. Huguenin Photo J.P. Lémant

Le mobilier archéologique découvert à Fagnon/Roux Sainte-Fosse moins nombreux encore que sur le site du Boctier, est pourtant beaucoup plus significatifs. Ce tronçon ayant été employé comme chemin jusqu'à une période très récente, il était à craindre que la bande de roulement ait connu de nombreux remaniements. Cependant, l'appartenance exclusive du matériel découvert à cet endroit à la période gallo-romaine et sa position stratigraphique sur la bande de roulement montrent clairement qu'il n'en est rien ou, en tous cas, que les couches gallo-romaines n'ont pas été bouleversées. Les recharges de pierres ultérieures semblent avoir au contraire "fossilisé" la route romaine. Parmi ce mobilier, on peut remarquer un fer de lance à pointe effilée et de section polygonale, un cabochon en bronze orné d'une tête de femme et deux sesterces, dont un complètement fruste.
C'est dans les ornières qu'a été recueilli ce mobilier archéologique, ce qui explique que la douille du fer de lance est écrasée et que le visage figuré sur le cabochon de bronze est aplati sur le côté gauche.
Si la forme du cabochon en bronze est assez courante, sa taille, d'un diamètre de 6 cm environ, en fait une pièce rare. Sa datation reste problématique. La présence de tresses sur le côté de la coiffure du visage représenté a été pressentie comme un élément de datation, mais un bref examen montre que cette caractéristique se retrouve sur les coiffures des femmes romaines durant au moins les trois premiers siècles de l'Empire.
La monnaie lisible est un sesterce de I'empereur Marc-Aurèle (161-180) ou de son frère adoptif Lucius Verus (161-169), frappé dans la seconde moitié du 2ème siècle après J.-C. Son poids est de 17/35 g.

Le fer de lance en place lors de la fouille
(juste à droite de l'échelle graduée)
Photo J.P. Lémant

L'objectif de ces deux opérations était de définir des caractères techniques de construction propre à une voie vraiment romaine et impériale, critères pouvant aussi être appliqués à des études sur d'autres voies dites romaines. Sa constitution se révèle assez originale par rapport aux données recueillies sur la voie Reims-Trèves à Florenville (Belgique) par J. Mertens mais peut être rapprochée de celle de cette même voie à Voncq/La-Croix-Wallard (L. Boitel. et M. Harduin, 1980 et 1981) : on retrouve une puissance totale de 85 cm, une assise constituée de pierres de gros module et un noyau de béton formé de plusieurs couches distinctes. Le statumen semble cependant plus organisé à Fagnon (chevauchement des pierres, hérissonnage de côté...).
Un objectif secondaire était également de préciser si possible la datation de la construction de ce tronçon. Tout au plus peut-on affirmer grâce à la présence d'une monnaie de l'empereur Marc-Aurèle que cette voie existait à la fin du second siècle après notre ère ce qui semble venir confirmer les données de chronologie relative établies à Saint-Laurent/Les Hautes Voies (voir ci-dessous).

Trois découvertes archéologiques apportent également des éléments nouveaux concernant la voie Reims-Cologne dans les Ardennes françaises. Il s'agit des recherches menées au Gué des Romains à Warcq, au Haut de la Noue Maga à Avançon et au lieu-dit Les Hautes Voies à Saint-Laurent.

A Warcq, la voie romaine Reims-Cologne atteint la Meuse au lieu-dit le "Gué des Romains". Les prospections de cette plaine de Saint-Hilaire mirent en évidence des traces d'habitats gallo-romains forts étendus, occupés du I ier au VII ème ° siècle.
Grâce à la sécheresse de 1989, les eaux basses de la Meuse laissèrent apercevoir l'aménagement d'un quai. Plusieurs pièces de bois furent mises au jour à cet endroit par J.-P. Lémant, W. Tegel et J. Vanmoerkerke. Une de ces pièces, une poutre horizontale de 6,79 m de long, percée de mortaises et encoches, reposant sur des dalles de calcaire et calée par des pieux, a été interprétée comme le soubassement d'un pont. Cette découverte a été immédiatement mise en relation avec la voie romaine Reims-Cologne. Une datation dendrochronologique, réalisée sur ces éléments par le laboratoire d'Oxford, donne une date de 176 avant notre ère, ce qui fait du pont de Warcq un des plus anciens ouvrages d'art connus en Europe. Elle met également en évidence l'ancienneté du passage de la Meuse à cet endroit, antérieur de plus d'un siècle à la conquête romaine.


Warcq. Poutre élément d'une pile de pont au lieu-dit "le gué des romains".
Photos J.P. Lémant

A Avançon, des prospections aériennes menées par Bernard Lambot en 1990 et 1993 ont permis le repérage de diverses structures autour de la voie Reims-Cologne au lieu-dit Le Haut de la Noue Maga (ferme indigène, nécropole protohistorique et vicus gallo-romain). Ces photographies ont donné lieu à une fouille archéologique programmée en 1998, mais aucun bâtiment n'a pu être interprété comme un relais routier comparable à celui de Chameleux (Belgique) sur la voie Reims-Trèves (Mertens, 1968).

A Saint-Laurent, une troisième découverte a été réalisée en mai 2002 au lieu-dit "Les Hautes Voies". Un tronçon de chaussée romaine fut mis au jour sur une quarantaine de mètres. Son emplacement ainsi que sa direction ont permis l'hypothèse d'une identification à la voie Reims-Cologne. les éléments de datation relative donneraient une période de construction plus tardive (peut-être consécutive à la création des deux provinces de Germanie en 90), que celle de la voie Reims-Trèves, datée du règne de Claude (44 après notre ère) par le milliaire de Buzenol (De loë,1937). Ce tronçon a une largeur maximale relevée de 5,70 mètres dans la partie Est et de 7,70 mètres dans la partie ouest. Son épaisseur moyenne est de 60 centimètres. La bande de roulement est large d'environ 3,50 mètres, ce qui permet à deux véhicules de se croiser, l'étude de l'espacement entre ornières montre que les véhicules gallo-romains avaient une largeur oscillant entre 1,10 et 1,60 mètre. La construction est très originale puisque la bande de roulement repose sur une assise constituée de madriers calés par des pierres dont subsistent les alignements, perpendiculaires à l'axe de la voie Cette découverte renforce l'hypothèse d'un itinéraire est-ouest de la voie à la sortie de l'agglomération carolo-macérienne plutôt que celle par le nord et Aiglemont. Elle ne permet cependant pas de trancher entre la poursuite par La Grandville ou par Gernelle. On peut noter que ce tronçon de voie romaine a été détruit dans des circonstances douteuses qui ont laissé un souvenir cruel à la population locale.


Saint-Laurent.
Vue générale vers l'est de la voie rectiligne venant de Mézières.
Fouilles J. Millereux Le Bechenec
Photo J.P. Lémant
Saint-Laurent.
Vue des pierres usées de la couche de roulement.
Fouilles J. Millereux Le Bechenec
Photo J.P. Lémant



A l'endroit où la voie Reims-Cologne traverse la Meuse, là où se trouvait la localité de Castrice, d'exeptionnelles peintures murales romaines ont été découvertes en 1999. Voir l'article consacré à cette découverte.



Texte tiré de : "Découvertes récentes en Ardenne en 2004"
Centre Ardennais de Recherche Archéologique



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