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Signy l'Abbaye, vestiges d'une abbaye cistercienne (suite)

Etude réalisée par la Société Archéologique du Sillon Mosan "S.O.S. Fouilles"

Le mobilier




Carreaux de pavements
Ils ont été retrouvés sur toute la surface de la fouille. Ce sont principalement les couches 119, 120, 121 et 123, qui ont livré le plus de pavés en association avec d'importants ensembles de mobiliers archéologiques (poteries, monnaies, outils, ferrures, etc..). Aucun pavé en place n'a été retrouvé sur un sol d'habitat.
Cinquante-sept fragments de carreaux décorés ont été recensés et dessinés. Associés à ces derniers, nous retrouvons aussi des pavés à couleur unie, noirs et blancs pour les polis, brique claire à rouge foncé et vert plus ou moins tigré pour les carreaux vernis.
La forme est en général proche du carré. Mais nous avons aussi des pavés triangulaires pour le décor des angles. Les bords, pour pallier à la dilatation et à la déformation sont biseautés. Les décors sont obtenus par estampage dans l'argile molle, l'empreinte obtenue est emplie d'argile blanche coulée à la barbotine. Une glaçure à base de plomb recouvrait la surface du pavé qui était ensuite cuit dans un four.
Presque tous les fragments décorés sont bicolores, le décor est blanc ou jaune sur un fond de couleur brique de rose à rouge. Le fragment 37 est tricolore, vert, jaune et rouge, la glaçure contient des grains noirs brillants (basalte) et semble provenir d'ateliers étrangers à la région (Eifel).
Parmi les carreaux décorés, les motifs floraux sont les plus nombreux. Nous avons en premier des fleurs de lys, des roses et des trèfles. Principalement basé sur le segment de cercle, il fallait deux, quatre, huit et seize carreaux pour obtenir un motif complet. Deux fragments de pavés sont à décors géométriques triangles et losanges (45 et 46). Souvent, nous rencontrons l'association de motifs géométriques avec des fleurs. Les animaux apparaissent sur deux carreaux. Un seul carreau comporte des lettres entre des cercles. Son épaisseur, le brillant épais du vernis et sa pâte rose à grains rouges, semblent de production plus récente.
Rencontrés uniquement dans les couches de remblai, la datation de ces carreaux de pavement est étalée sur plus de trois siècles.
La technique et le décor sont ceux couramment rencontrés dans la région champenoise, mais nous n'avons trouvé aucune similitude exacte des carreaux à Signy. On peut penser que cette abbaye pouvait produire ses propres pavements avec des décors appropriés à son esthétisme.


Céramique
Ce sont à nouveau les mêmes couches riches en informations de toute nature sur la vie de l'abbaye qui ont livré le plus de céramiques, toutes très incomplètes et très fragmentées.
Les marmites tripodes à glaçure métallifère sont de loin les mieux représentées et se retrouvent dans toutes les couches étudiées.


Gobelet en grès gris pâle
de Siegburg, pied festonné et
évidé, panse ovoïde côtelée.
Tache brune de trop cuit.
8,4 cm de diamètre,
7,8 de hauteur.

Gobelet en grès gris
de Beauvais, pied étroit,
panse ovoïde côtelée.
8,6 cm de diamètre,
8,3 de hauteur.

Marmite tripode.
Vernis de couleur gris noir, métalifère sur toute
la surface intérieure et extérieure.
13,6 cm de hauteur.

Les gobelets et les coupelles ou couvercles en grès gris blanc arrivent en deuxième position.
Nous avons aussi quelques pichets à col cylindrique et d'autres à bec tréflé.
Deux gourdes crapauds et un couvre-feu en pâte rouge vernissée sont uniquement présents dans la couche 123.
Il faut noter l'absence de coupes, d'assiettes et de tèle à lait parmi tous les tessons trouvés et examinés.
Les grès (gobelets et coupelles ou couvercles) proviennent de Beauvais pour ceux à pied plat et de la région rhénane pour ceux à pied festonné.


Gourde en terre, fin du XV° siècle.

Pichet ovoïde à bec treflé, le pied est manquant.
Pâte de couleur rose et tache de glaçure orange sur la panse.
17,6 cm de diamètre.

Ces grès sont toujours bien représentés dans les couches datées de la fin du XV° siècle et du début du XVI° siècle (cour carrée du Louvre et salle à l'archère du château de Sedan).
Les marmites tripodes servant le plus souvent à cuire des potages et des ragoûts étaient posés directement sur l'âtre. La trace épaisse de suie sur les parois témoigne de cette pratique culinaire.
Cette pré-étude de la céramique retrouvée illustre les coutumes alimentaires des habitants de cette abbaye où prédomine, pour la fin du XV° siècle-début du XVI° siècle, l'usage des pots à cuire. En l'absence d'assiettes et de coupes, on peut penser que celles-ci étaient réalisées en matériaux périssables.

Matrice de sceau en bronze (XIV° siècle)
Il s'agit d'un sceau en navette, forme usuelle pour les sceaux d'abbés. Dans une chapelle gothique, l'abbé trône coiffé d'une mitre et tenant une crosse dans sa main droite. Sa main gauche n'est plus visible. On peut supposer qu'elle tenait un livre, dont on peut deviner le bord supérieur. Il ne reste que le début et la fin de l'inscription : "Sigilum fr [atr] is ontis…" les trois dernières lettres sont illisibles, de même qu'on ne peut déceler le nom de l'abbé, qui devait figurer après le terme fratris.



Matrice de sceau en bronze.


Fragment de moule à hosties (XIV° siècle)
Le format du fragment de cet objet en terre cuite fait penser à un moule à hostie ou à pain béni. Et à vrai dire, il est difficile de déterminer exactement son usage. Moins du huitième de la surface de l'objet est conservée, néanmoins on peut deviner la figure centrale qui est inscrite dans au moins deux larges cercles ornés de lobes. Ces cercles portaient des inscriptions dont il ne reste que quelques mots : " Sp[iritus]s s[tu]s et " , " …et trinus in person " et " trinitas ". dans le demi-lobe subsistant, on découvre un aigle sur fond orné d'étoiles. On peut penser au symbole de l'évangéliste Jean et supposer que les trois autres lobes portaient les symboles des autres évangélistes. On peut simplement rappeler que la dévotion à la trinité est ancienne dans l'ordre cistercien (sa fête est prescrite dès 1230) et que l'extension de cette dévotion à l'ensemble des fidèles a été favorisée au XIV° siècle par Jean XXII. Par ailleurs, on peut également signaler qu'à l'abbaye de Signy, une chapelle fut dédiée entre autres à la sainte trinité en 1216.


Fragment de moule à hostie.


Chandelier de voyage (XIII° siècle)
Ce chandelier de voyage est constitué d'un socle circulaire conique fait d'une feuille de cuivre mince emboutie, émaillée et dorée, surmonté d'une pointe creuse de cuivre uni en tronc de cône effilé sur laquelle on fixait le cierge creux. La décoration héraldique et ornementale de ce chandelier de voyage emboîtable est répartie selon l'espace radial : quatre écus qui font alterner deux armoiries : d'argent à la croix de gueules et de gueules au château d'or, une tiercefeuille gravée dans les 4 écoinçons délimités par les écus. Cet objet porte donc des armoiries "passe-partout" : celles de Castille omniprésentes sur tous les supports à partir des années 1240 ,celles à la croix rouge qui se retrouvent notamment sur un chandelier du Louvre. Il témoigne d'une fabrication en série à Limoges, à la fin du XIII° siècle.


Le chandelier en place lors de la fouille.

Détail des armoiries du chandelier.

Clés
Les nombreuses clés et ferrures de portes et de coffres, le gond et les plaques en fer peuvent témoigner de l'importance accordée sur la partie fouillée à la fermeture.
Une forcette tout à fait semblable à celle de Signy fut trouvée sur le Mont-Vireux dans les couches de remblais des habitats datés du début du XIV° siècle.


1 à 6 : clés en fer
 7 dé à coudre en bronze
 8 petite attache de livre en bronze
 9 boucle en bronze
10 épingle en bronze
11 spatule en bronze
12 clou de fixation d'ardoise
13 et 14 clous en fer
15 forcette en fer avec marque du     fabriquant
16 pène en fer à deux barbes
17 plaque d'applique en bronze

Ferrures de porte.


Fermetures de livres articulées en bronze
Les fouilles de Signy ont livré trois fermetures de livres en bronze. Le masque de diable décorant la boucle 58 s'inspire de l'art roman.



Fermoir de livre.


Ardoises
C'est la couche 123 qui a livré toutes les ardoises gravées. 25 en tout furent répertoriées, leur datation est complexe, seule la couche est datée de la fin du XV° siècle, d'après les grès de Siegburg et de Beauvais. L'ardoise est un support naturel pour l'écriture et la gravure. Son prix de revient est nettement inférieur à celui du parchemin ou d'autres supports (n'oublions pas que l'abbaye possédait les ardoisières de Rimogne). Les ardoises à inscriptions trouvées dans ces fouilles forment un ensemble très intéressant. D'une façon générale, ces écritures destinées à des usages provisoires ou de travail restent rares. Sur certaines d'entre elles, l'écriture se réduit à des traits si détériorés qu'une lecture en est souvent impossible.
L'ardoise 81 est la plus claire. Toutes les lignes se terminent par le terme "chapon" précédé d'un nombre en chiffres romains. Il s'agit sans doute d'une liste de redevances dues à l'abbaye.


Inscriptions de l'ardoise 82.

L'ardoise 82 pourrait relever aussi d'une liste de redevances, à moins qu'il ne s'agisse d'un compte de dépenses : on décèle les mots abrégés "d" et "s" pour denier et sous ?
Toutefois, il ne s'agit pas toujours de comptes. L'ardoise 92 porte quelques lignes d'une écriture qui semble régulière et soignée. Les éléments en sont trop partiels et abîmés pour permettre une lecture vu la petitesse du module.
Un certain nombre d'exemplaires représente des dessins. Le plus simple est celui d'une tour à toit pointu schématisée en quelques traits rigoureux. Aucun de ces dessins n'est complet, sauf la tour. En l'absence d'indications plus complètes, on peut supposer que ces dessins ont été fait par des élèves ou des apprentis.

Objets de bois, de cuir, d'os et restes de bois de cerfs
Le richesse des couches de remblais datées de la fin du XV° siècle a livré des extrémités d'andouillers et une meule de corne de cerf avec son départ de bois scié.
Au Bas-Empire et surtout au Moyen-Age, le travail des bois de cerfs se rencontre presque sur tous les sites d'habitats que nous avons étudié (Mouzon, Château des fées, Sedan et Bétenval à Boulzicourt) et au-delà dans tout l'occident médiéval. Les bois de cerf servaient surtout à la fabrication de peignes, de jetons de jeux, de phylactères, de manches de couteau, etc…
Les restes de bois (planches, restes de tonneaux, moyeu et sabot) ainsi que le cuir ont été trouvés dans la couche humide 142, datée de la fin de l'occupation de l'abbaye au XVIII° siècle. Des madriers de bois cloués, servant vraisemblablement de filtre à eau, furent aussi dégagés.


Fragments de vousseaux.

L'étude des moulures des vousseaux en pierre calcaire blanche nous permet de dater celles-ci du XIII° siècle. La couche 123 a livré un fragment de chapiteau en calcaire noir datant du cloître bâti par le deuxième abbé Allard de Genilly (1156-1170) et un élément de double voûte en pierre blanc-jaune.



Conclusion générale
L'épaisseur des remblais a permis de préserver les vestiges enfouis et de réaliser une fouille urbaine exemplaire malgré une surface étroite et non extensible. La qualité des vestiges architecturaux et la quantité des objets recueillis sont surprenants et justifient à eux seuls l'utilité des recherches menées à cet endroit.


Toutes les enluminures médiévales proviennent de manuscrits issus de l'abbaye de Signy et figurent sur le site Internet
de la bibliothèque municipale de Charleville-Mézières (rubrique patrimoine)
Sources : "Revue Historique Ardennaise"


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