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Les tombelles celtiques de l'Ardenne belge

Second âge du fer


Travaux réalisés par le service des fouilles de Belgique


Vers 470 Av. JC, le centre des hauts plateaux schisteux de l'Ardenne qui n'avait guère attiré les populations préhistoriques fut occupé pour la première fois. les premiers colons, des Celtes, n'ont ainsi pas eu à se soumettre ou à se fondre dans une population locale qui aurait inévitablement imprégné leur culture matérielle. Ils ont occupé un territoire long de 75 km, entre Orgeo à l'ouest de Neufchâteau et Crombach dans le sud de la province de Liège. La contrée était alors pratiquement déserte mais en revanche, offrait peu de ressources pour susciter une colonisation puisqu'elle ne dispose guère de richesses minières, de sols fertiles ou même d'un climat agréable. Les limites de leur territoire peuvent être établies avec précision grâce à leurs coutumes funéraires bien spécifiques qui ont laissé des traces dans le paysage. En effet, les populations pratiquaient généralement le rite de l'inhumation sous des tertres que les archéologues appellent tombelles, alors que dans les régions voisines, les morts étaient incinérés et leurs cendres enfouies dans des tombes plates. Ainsi, le groupe ardennais se distingue fondamentalement de tous ses voisins dont il est d'ailleurs séparé par un territoire inoccupé d'une dizaine de kilomètres qui fait figure de frontière. Les Celtes qui se sont installés dans ces Ardennes se singularisaient en outre par la richesse des donations funéraires. L'aire de distribution des tombelles qui couvre la crête faîtière des plateaux ardennais s'interrompt cependant sur une distance de 12 km. Cette césure sépare deux groupes bien distincts d'importance équivalente par leur superficie et le nombre de nécropoles. L'un, au sud, s'étend d'Orgeo à Bastogne et occupe les bassins de la Vierre, de la Rulles et de la Sûre ; l'autre, au nord, est compris entre Nadrin (au sud-est de La Roche) et Crombach et s'étend dans le Grand-Duché de Luxembourg ; il occupe les bassins de l'Ourthe orientale et de l'Our. De part et d'autre, la grande dispersion des cimetières laisserait croire que la région était habitée par de petits groupes dont le nombre ne devait pas dépasser celui d'une simple cellule familiale. Des différences sensibles dans le rituel et le mobilier funéraire séparent cependant les deux groupes. Ils ont ainsi été dénommés " groupe septentrional des tombelles ardennaises " et " groupe méridional des tombelles ardennaises ".

Carte de répartition des tombelles de La Tène en Ardenne :
   1) nécropoles non fouillées
   2) nécropoles fouillées
   3) site fouillé qui a livré une ou plusieurs tombes à char
   4) forteresse de La Tène
    Carte A. Cahen-Delhaye
Dans le groupe méridional, une série de sépultures se distingue par la présence de chars qui accompagnent le défunt. 19 tombes de ce type ont été découvertes dans 11 nécropoles, l'ensemble étant concentré sur un territoire de 13,5 km sur 15 km de coté, centré approximativement autour de Neufchâteau. Du bige enterré, il ne reste généralement que quelques accessoires en fer destinés à assembler les pièces maîtresses. Leur éventail et leur type varie toujours d'une tombe à l'autre. Tous les chars étaient pourvus de deux bandages de roues qui, lorsqu'ils n'ont pas subsisté, ont laissé une empreinte de rouille dans le fond des cavités qui leur étaient réservées. Celles-ci nous apprennent que l'écartement des roues était compris entre 1,08 m et 1,45 m, mais avoisinait le plus souvent 1,30 m. Les roues possédaient un diamètre de 85 à 88 cm ; on a retrouvé plusieurs bandages en fer complets et quelques fragments dont la largeur variait de 2,2 à 3,3 cm et qui présentaient tous une face extérieure bombée. Ils étaient fixés à une jante de bois au moyen de plusieurs clous. L'analyse d'un fragment du bois de la jante, conservé grâce à la corrosion du métal, a révélé qu'il s'agissait de frêne, une espèce indigène réputée pour la ténacité et l'élasticité de ses fibres et employée de tous temps en charronnerie.

Plan de huit sépultures à char du groupe méridional des Ardennes.
Relevé A. Cahen-Delhaye
La plus grande partie des mobiliers recueillis dans le groupe méridional des tombelles ardennaises remonte à l'aube du second âge du fer, soit entre 475 et 390 avant notre ère. Cette chronologie est fournie par les parallèles typologiques qui relient le groupe ardennais à la Champagne et les résultats des analyses au radiocarbone des bois consumés et calcinés recueillis dans les tombes et les bûchers. La plupart des sépultures semble appartenir à la seconde moitié du V° siècle qui, avec les nombreuses tombes à char, marque l'apogée des tombelles ardennaises, tout comme celle de la civilisation marnienne contemporaine. Ces ressemblances apparaissent à la fois dans les rites et le mobilier funéraire riche et luxueux des tombes des deux contrées. Les nombreuses analogies pourraient laisser supposer que les colons ardennais sont originaires de Champagne ou d'une région limitrophe marquée par son rayonnement, bien que des courants orientaux soient sensibles dans la coutume d'ériger des tertres et dans les mobiliers parmi lesquels figurent la fibule ornithomorphe ainsi que certaines formes et décors de céramiques. Ayant assimilé de manière originale mais aussi discriminative des éléments de deux brillantes civilisations de La Tène, le groupe ardennais a créé un faciès spécial. Il se distingue des deux autres par le mode d'occupation du sol en petites unités que traduisent la dispersion et les dimensions réduites des nécropoles. Le répertoire des donations funéraires ne comporte cependant pas d'épées qui apparaissent couramment dans les civilisations marnienne et rhénane. Par ailleurs, quelques formes de vases telles que les situles ont connu une faveur toute particulière en Ardenne. Enfin la richesse des offrandes témoigne d'une économie florissante dont l'origine reste obscure.

Texte tiré de : "Archéologie en Ardenne" De la préhistoire au XVIII° siècle


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