Les trois abbayes cisterciennes trappistes d'Orval, Chimay et Rochefort, se trouvent à proximité
immédiate de la frontière, en territoire belge. Ces trois abbayes entourent littéralement ce que
l'on appelle la pointe des Ardennes, c'est-à-dire cette étroite bande de territoire
français remontant vers le nord et centrée sur la vallée de la Meuse (voir carte).
L'ordre monastique cistercien, fondé en 1098 à Cîteaux par Robert de Molesmes, a connu une
longue et riche histoire. Initialement, le but était de revenir à une observance plus stricte de
la règle de Saint-Benoît. Aujourd'hui l'ordre est divisé en deux obédiences : l'ordre cistercien
de la commune observance (ou Saint Ordre de Cîteaux) et l'ordre cistercien de la stricte
observance (ou Trappistes de Soligny). Le mot Trappiste n'est en fait que l'appellation courante
utilisée pour désigner l'ordre cistercien de la stricte observance qui est une
réforme du précédent, instituée par l'abbé de Rancé en 1664 à l'abbaye de la Trappe, à Soligny
(Orne).
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D'une façon générale, les moines s'établissaient à proximité de cours d'eau, dans des forêts ou
des marécages incultes qu'ils entreprenaient de défricher et d'assécher. Ce fut le cas pour les
trois établissements d'Orval, Chimay et Rochefort, bien qu'à des dates très différentes.
Un des aspects particuliers de leur règle consiste à vivre de leur propre travail et à essayer
de produire par ce travail de quoi aider les plus pauvres.
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S'ils ont excellé jusque dans des
activités industrielles telles que la métallurgie, généralement leur activité concernait plutôt
l'exploitation forestière et surtout les activités agroalimentaires : agriculture, élevage et
transformations de produits alimentaires. C'est ainsi qu'au cours des siècles de solides
traditions brassicoles et fromagères ont vu le jour au sein de ces abbayes.
Aujourd'hui, il existe un label d'authenticité Trappiste qui constitue une appellation
rigoureusement contrôlée pour ces bières et ces fromages qui doivent être fabriqués par les
communautés monastiques vivant dans les abbayes ou sous leur responsabilité.
Seules six bières bénéficient de cette appellation :
En Wallonie :
Orval, Chimay et
Rochefort
En Flandres :
Westvleteren, Westmalle
et
Achel
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L'abbaye d'Orval
Des fouilles menées de 1961 à 1970 par le service national des fouilles de Belgique, on montré que le site avait été occupé d'une façon continue à partir d'une date située entre 1500 et 1200 Av. JC. avec une intensification à partir du XI° siècle ap. JC. Les traces d'occupation humaine concentrées autour de la source ainsi que l'absence de traces d'habitations pour les périodes les plus anciennes, laissent penser à l'existence d'un lieu de culte aquatique, voire de pèlerinage lié à la source qui deviendra plus tard la fontaine Mathilde.
La période romaine semble marquer un moment de désaffection du site, n'étant représentée par aucun vestige.
Plus tard, un cimetière mérovingien lié semble-t-il à la source, s'établira sur une pente à l'ouest de l'église médiévale.
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Des tombes plus anciennes mais non datées ont été trouvées sous les premières travées d'une église primitive dont on ne connaît pas la date de fondation. Cette église, précédée elle-même par un petit oratoire; est antérieure au X° siècle, ses vestiges (23 m x 12 m) ont été retrouvés sous les ruines de l'église du moyen-âge. Le site fut abandonné à la fin du X°-début du XI° siècle.
Lorsqu'en 1070 Godefroi le barbu, duc de basse-Lorraine envoie quelques moines italiens à Arnould comte de Chiny pour restaurer le culte en ces lieux reculés et inhospitaliers, ceux-ci trouveront les vestiges d'un village abandonné depuis longtemps. Aussitôt les travaux de construction commencèrent, mais au bout d'une quarantaine d'années, ces premiers arrivants méridionaux se retirèrent. Othon, fils d'Arnould fit appel à d'autres moines pour les remplacer et en 1124, la deuxième église était consacrée. Erigée grâce aux libéralités de Mathilde, épouse de Godefroi le bossu, cette église était à une seule nef de style roman aux dimensions de 53 m x 22 m. Elle fut inaugurée par Henri de Winton, évêque de Verdun le 30 Septembre 1124.
Ainsi le 9 Mars 1132, lorsque les premiers cisterciens s'installèrent à Orval, ils avait déjà à leur disposition une grande église et un monastère complet. Orval devenait la 53ème fondation de l'ordre de Citeaux, encore fallait-il mettre les locaux en conformité avec les prescriptions de l'ordre.cistercien. Une nouvelle église et un nouveau monastère furent donc mis en chantier toujours de style roman. Mais après bien des tâtonnements, des changements de programmes et même un arrêt total du chantier, l'ensemble fut une nouvelle fois repris, cette fois en pur gothique sur croisée d'ogives.
L'église Notre-Dame et le couvent furent inaugurés en 1232.
L'abbaye fut très vite prospère mais dès 1252, elle fut ravagée par un premier incendie.
Au cours des XV° et XVI° siècles, l'abbaye eut à souffrir des guerres entre France et Bourgogne puis entre France et Espagne. En 1533, la nef de l'église fut reconstruite et consacrée.
Le début du XVII° siècle fut une période faste pour l'abbaye, mais en 1637, lors de la guerre de Trente Ans, elle fut pillée et incendiée par les troupes de Gaspard de Coligny (deuxième du nom), maréchal de Châtillon.
Vers 1681, après l'annexion du Luxembourg par Louis XIV, l'abbé Charles de Bentzeradt instaura la règle de la stricte observance à Orval, c'est à ce moment que se situe l'apogée, l'âge d'or de l'abbaye, tant sur le plan spirituel que matériel. En 1723, alors que depuis sept ans le Luxembourg était sous domination autrichienne, la communauté était la plus nombreuse de l'empire.
A partir de 1760 un nouveau monastère fut mis en chantier, l'église fut consacrée en 1782, puis les travaux cessèrent.
Le coup fatal fut porté en 1793 lors du pillage de l'abbaye par les troupes révolutionnaires françaises. La communauté se dispersa et fut officiellement supprimée en 1796.
Ce n'est qu' en 1926 que la famille De Harenne offrit les ruines d'Orval et ses terres à l'ordre de Cîteaux afin d'y restaurer la vie monastique. La nouvelle abbaye sera édifiée sur les fondations du XVIII° siècle.
En 1936, Orval est de nouveau autonome et en 1948, la nouvelle église est consacrée.
Si l'essentiel de l'abbaye d'aujourd'hui est de construction récente, il reste cependant de superbes ruines
du XIV° siècle qui peuvent se visiter (voir le site officiel de l'abbaye).
La légende raconte qu'au XI° siècle, Dame Mathilde ayant laissé tomber son anneau d'or dans une fontaine, une truite lui rapporta l'anneau dans sa bouche. Elle s'exclama : "Voici l'anneau d'or que je cherchais! Heureuse vallée qui me l'a rendue! Désormais et pour toujours, je voudrais qu'on l'appella Val d'or"
Aujourd'hui, le logo de la bière d'Orval est une truite avec un anneau d'or dans la bouche.
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